Covid-19 : REGAL QG, un restaurant-pizzeria durement frappé

Le covid-19 impacte sévèrement la société et l’économie togolaise. Le Temps fera chaque semaine un reportage sur la situation des petites et moyennes entreprises en temps du nouveau coronavirus.

Avant l’arrivée du covid-19, F. A, promoteur du REGAL QG SARL contemplait l’avenir avec sérénité. Il l’entrevoyait en grand. « Son affaire commençait par prendre » dit F. A, le visage mangé par un rictus de déception.

La géographie lui est favorable. Super Taco, un quartier pas dégueu, des services, de grandes écoles,  l’avenue de la Paix, la route de l’aéroport, et une situation à l’angle rue de l’Ecole ESA. Le REGAL QG avec sa terrasse – pour le grand air les soirs-, un salon VIP pour un peu d’intimité, une salle pour le restau, et un DJ qui met de la merveilleuse musique les soirs sur un ton modéré.

Tout allait à merveille. Au point de doubler le personnel, en tout 14 employés. Quatre cuisiniers, cinq serveurs dont une serveuse pour le salon VIP, un brochettier, un DJ, un portier, un agent de sécurité et un gérant.

La rotation. «Une équipe venait le matin, une autre le soir», dit F. A. « Mes employés étaient contents ….. Tous au-delà du SMIG. Ce n’était pas le Perou, mais ça nourrissait son homme », ajoute-t-il derechef avec un quelque peu de fierté.

Un  temps de vaches grasses renvoyé aux vieilles lunes. Le Régal QG ou QG pour les fidèles tourne désormais au ralenti, le sale temps du covid-19 venu.

De 14 employés, il n’en reste que quatre. Deux cuisiniers, une serveuse, et un agent de sécurité. 

Sale temps pour les affaires

Régal QG, jeudi 11 février, 20 heures sonnantes. La terrasse paraît désespérément vide. Seuls, un homme et une femme attablés, certainement des amoureux, éclusent deux bières, déparent cet environnement désert. F.A, le patron des lieux, lui-même, de guerre lasse,  soigne son vague à l’âme avec une Eku. 

La cuisine n’est pas du reste, qui présente ce même état de lassitude, le fourneau quelque peu refroidi.

«Nous avons fermé boutique dès le 1er  avril, la veille de l’annonce de l’Etat d’urgence », relate F.A. S’il a payé les deux premiers mois tous ses employés, la situation devenait intenable le  troisième mois. La prolongation de l’Etat d’urgence n’a pas arrangé la situation. «J’étais obligé de mettre tout le personnel en congé technique », confie amer F.A. Qui croit être envahi d’une vision chaotique de l’avenir quand il compare les ravages créés par la pandémie dans les pays occidentaux et la sévérité de certaines mesures anti-covid prises par le gouvernement togolais dans un pays qui vit plutôt bien avec l’épidémie. 81 décès,  5900 cas confirmés sur une population de plus de 8 millions d’habitants…depuis bientôt 12 mois.

Cependant, au quatrième mois de l’Etat d’urgence, il réengagea quatre membres du personnel, histoire de faire tourner la boîte dans l’attente de meilleurs lendemains. En réalité, le Régal QG rouvrait pour des raisons humanitaires, « faire face à la détresse sociale que vivent mes ex-employés ».

Extrait de l’interview : «Un jour, une des ex-cuisinières m’apprit au téléphone la situation sociale désespérante d’un de ses collègues», dit le patron. Partie chez ce dernier pour quêter une aide financière, la cuisinière le trouve dans un état de dénuement. Lui, femme et deux enfants n’avaient rien pour la popote le jour-là », rapporte F.A. 

Une réouverture au rabais. Seuls le bar et le restaurant ont ouvert. Si la terrasse accueille quelques clients épars, «le salon VIP reste fermé depuis des lustres».  Même les weekends où le Régal QG devrait tourner quelque peu à son maximum,  la situation reste étale.

Certes, « il arrive d’avoir une clientèle plus importante, mais on fait tout pour ne pas avoir beaucoup de trop de personnes en terrasse à cause des mesures-barrières et surtout la crainte de la police, toujours aux aguets».

« En terme de promiscuité,  un bar restaurant avec salle VIP présente-t-il plus de risques que le  marché de Hedzranawoé ? », se demande-t-on au QG dont le promoteur pense que le gouvernement et la cellule de riposte devraient prendre en compte certaines spécificités pour ne na pas asphyxier les petites entreprises. 

En décembre dernier, pendant les périodes de fêtes, le QG entrevoyait faire du chiffre.  Mais la restauration des mesures de couvre-feu et l’interdiction de la consommation sur place dans les bars a anéanti les derniers espoirs.

L’Etat inexistant

Le patron du Régal QG a le moral au talon. D’autant plus que l’Etat semble insensible à la situation des entreprises frappées de plein fouet par le covid-19.

En juin 2020, F.A a eu le choc de sa carrière d’entrepreneur. La mairie du Golfe 2  saisi alors l’opportunité deux jours après la réouverture du QG pour jouer sa petite partition fiscale. Résultat des courses du service de recouvrements des taxes municipales: 100.000 CFA dont  «50.000 F pour taxe publicitaire et 50.000 F pour occupation du domaine public » avec fermeture des locaux.

« Je leur ai tout expliqué, la situation lamentable, l’absence de clientèle. la réouverture du QG après des mois de fermeture, On se heurtait à un mur », dit F.A.

Golfe 2 est dirigé par Dr James Amaglo des FDR, un maire issu donc l’opposition. «Comment comprendre qu’un an à peine après son élection, sans  faire la tournée des sociétés pour sonder leur état, Monsieur le maire lève des taxes en plein covid-19 alors que pendant quatre mois, nous étions fermés ? Maintenant, le maire du Golfe 2 veut nous asphyxier, il nous prend à la gorge. On se demande s’ils sont venus faire la politique pour développer ce pays», ajoute furax, FA.

Les sociétés se sentent lâchées. Quid des promesses de l’Etat ? Rien. Au 1er avril, lors de son discours sur l’Etat d’urgence sanitaire, le président Faure Gnassingbe avait  annoncé des mesures d’appui aux entreprises pour faire face aux conséquences de la pandémie. Comme par exemple, l’adoption de mesures de soutien à la consommation, à la production et à la sauvegarde de l’emploi,  et la création d’un Fonds National de solidarité et de relance économique de 400 milliards de francs CFA.

F.A annonce n’avoir rien reçu. Pis, ses employés n’ont même pas bénéficié de Novisi, le programme devant fournir aux personnes les plus vulnérables, des soutiens financiers mensuels et ceci tout au long de l’état d’urgence.

« Ils ont dit que mes employés licenciés ou au chômage technique ne sont pas des chômeurs », renseigne-t-il.

Et pourtant, de travailleurs réguliers, les employés du Régal QG se sont retrouvés du jour au lendemain en précarité.

Par exemple, le cuisinier N, 27 ans, une femme et deux enfants, était démuni à sang : «Tout comme moi, ma femme avait perdu son emploi, et après deux mois d’état d’urgence sanitaire,  nos économies se sont volatilisées et on était devenu des quasi mendiants, des cas sociaux ».

Sa collègue D. , 30 ans, mère célibataire, n’a pas pu scolariser son enfant cette année.

Scepticisme quant à l’avenir

Le Régal QG se meurt. Même avec l’annonce de l’arrivée des vaccins, le patron se laisse gagner par le  scepticisme. Il ne voit nullement la reprise cette année. En cause la stratégie gouvernementale de lutte contre la pandémie.  Pour lui, les mesures sont trop rudes et elles tuent l’économie. Et compte tenu de la tension sur l’approvisionnement du vaccin, il voit mal le Togo s’approvisionner convenablement avant 2022. Encore faudrait-il que les populations se laissent vacciner avec toutes ces thèses complotistes sur les réseaux sociaux. Il suggère une politique plus proche de la réalité et des aspirations des populations.

Tout dépend alors de la politique du gouvernement. Contrairement au Bénin et bien de pays africains qui tournent comme si le virus n’existait pas ou se cantonnait aux respects des mesures-barrières, le Togo a pris des mesures qui  poussent au gel de  l’activité économique alors qu’il n’avait pas les ressources pour soutenir les entreprises.

Et le bouclage de la région de la Savane depuis plusieurs semaines, avec en sus l’absence d’une sécurisation de l’approvisionnement alimentaire, la destruction des productions légumineuses, ne sont pas de nature à susciter des espoirs chez les populations quant à une politique d’approche plus réaliste.

Quant aux employés de REGAL QG, contrairement à leur patron, ils prient pour la fin de ce mauvais temps, que le covid-19 disparaisse définitivement de leur vie.

“Nous en avons marre”, conclut l’un d’eux.

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A propos Tony Feda 133 Articles
Journaliste indépendant. Ancien Fellow de l'Akademie Schloss Solitude (Stuttgart, Allemagne), Tony FEDA s’intéresse à la sociologie, la culture- ses domaines de prédilection sont la littérature et les arts de la scène du Togo. A travaillé pour plusieurs journaux dont Le Temps, Notre Librairie. www.culturessud.com. Depuis août 2018, s'inspirant de Robert Park et de Bourdieu, il entame sur son blog www.afrocites.wordpress.com des projets sur des thèmes concernant la ville.

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