La junte burkinabè a ordonné la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de la grande mosquée sunnite de la capitale. Une décision prise après l’arrestation de l’imam Kindo, mardi 26 mai, qui a provoqué des manifestations inédites de fidèles réclamant sa libération.
La junte au pouvoir au Burkina Faso a décidé de la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou, pour « risques de troubles à l’ordre public », après des manifestations ayant conduit à l’arrestation de plusieurs fidèles, a-t-on appris vendredi de source officielle et sécuritaire.
Ces manifestations, rares face à la répression du régime militaire au pouvoir qui frappe toute voix critique, faisaient suite à l‘arrestation mardi d’un influent imam et prédicateur sunnite, Mohamad Ishaq Kindo. La fermeture de la mosquée, dans ce pays qui compte 60 % de musulmans, a été décidée par un arrêté pris le 28 mai par le gouverneur de la région de la capitale, Abdoulaye Bassinga.
« Tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu »
Dès le 26 mai, quelques heures après l’annonce de l’arrestation de l’imam, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), avait lancé un appel au calme. La FAIB affirmait par ailleurs avoir « entrepris les démarches nécessaires auprès des autorités compétentes afin d’obtenir des informations précises et une suite favorable ». Cet appel n’a cependant pas empêché des fidèles de tenter de se rassembler de nouveau à la grande mosquée, mercredi 27 mai, jour de la tabaski.
L’imam avait notamment dénoncé un projet de loi encadrant l’exercice des libertés religieuses. Cet enregistrement d’un de ses enseignements avait été largement relayé sur les réseaux sociaux quelques jours auparavant.
Il y dénonçait l’adoption d’un projet de loi encadrant l’exercice des libertés religieuses au Burkina Faso et avait appelé les autorités à « se questionner davantage sur la portée de leurs actes avant d’agir ». « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu », martelait-il notamment dans cet enregistrement.
Une centaine de fidèles arrêtés
Dans la foulée de son arrestation, le site de la grande mosquée sunnite, en plein cœur de la capitale, était devenu un lieu de rassemblement de nombreux fidèles réclamant sa libération. Les forces de l’ordre ont dispersé ces rassemblements. « Plusieurs dizaines d’entre eux ont été interpellés, certains après des courses-poursuites avec les policiers », a expliqué un habitant.
Une source sécuritaire a confirmé l’interpellation, ces derniers jours, de « près d’une centaine de soutiens » de l’imam Kindo. « Ils ont tous été transférés au camp du groupement des Compagnies républicaines de sécurité pour une formation civique et citoyenne », a indiqué cette source sans plus de précisions.
Sur des vidéos largement relayées sur les réseaux, mais que l’AFP n’a pu vérifier de source indépendante, on voit une centaine d’hommes en tenue militaire, effectuant une prière sous les railleries de militaires. Sur d’autres vidéos, on aperçoit certains de ces hommes fouettés ou effectuant des exercices militaires.
Ces derniers jours, d’autres voix critiques se sont élevées du côté des étudiants. La plus grande organisation estudiantine du pays a été suspendue pour trois mois pour « apologie du terrorisme » et son leader, Wilfried Bazo, a été arrêté. La semaine précédente, l’Union générale des étudiants du Burkina (Ugeb) avait dénoncé « les violations des libertés démocratiques, syndicales et politiques au nom de la lutte contre le terrorisme ».
L’organisation avait également fustigé le fait que « des citoyens sont enlevés, séquestrés ; les uns sont emmenés au front, les autres gardés secrètement dans des lieux inconnus, des années durant, sans qu’ils n’aient la moindre occasion de comparaître devant un tribunal », dénonçant par ailleurs « l’échec patent » du régime pour rétablir la sécurité dans le pays.
Avec AFP
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