Entre restrictions d’exportation au Sahel et insécurité sur les routes maliennes, l’approvisionnement en bétail se contracte fortement en Côte d’Ivoire à l’approche de l’Aïd al-Adha.
À quelques jours de la Tabaski, les allées boueuses du parc à bétail d’Adjamé, à Abidjan, bruissent de négociations tendues entre vendeurs et acheteurs. Cette année, cependant, le marchandage se heurte à une réalité implacable : la raréfaction du bétail et l’envolée des prix des moutons destinés au sacrifice rituel de l’Aïd al-Adha.
La Côte d’Ivoire, qui importe près de 75 % de ses besoins en ovins et bovins pour cette fête religieuse, soit environ 350 000 têtes, dépend largement des élevages sahéliens, notamment du Burkina Faso et du Mali. Or, depuis plusieurs semaines, les circuits d’approvisionnement sont gravement perturbés. Le Burkina Faso a suspendu ses exportations de bétail afin de préserver son marché intérieur, après une décision similaire prise par le Niger en mars. Dans le même temps, les axes routiers maliens demeurent exposés aux attaques et aux blocus imposés par des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda.
Conséquence directe : des centaines d’animaux restent immobilisés aux frontières ou à l’intérieur des pays voisins. « J’ai 300 têtes de bétail à la frontière avec le Burkina Faso ; il est impossible de les faire entrer ici », déplore Assimi Barry, vendeur de moutons depuis quatre décennies. Même constat chez le négociant Ibrahim Sow, qui affirme avoir « 150 têtes de bétail bloquées à Koutiala, au Mali », alors que les frais de transport ont déjà été acquittés.
Dans ce contexte de pénurie, les prix flambent. « Un bélier de la même taille que celui que j’ai acheté l’année dernière entre 125 000 et 150 000 francs CFA se vend aujourd’hui entre 200 000 et 250 000 francs CFA », témoigne l’acheteur Kassoum Ouattara. « C’est difficile. Même s’il y a beaucoup de moutons, les prix sont élevés. »
Sur le marché d’Adjamé, certains vendeurs réclament jusqu’à 500 000 francs CFA pour les plus imposants béliers. Après de longues tractations, de nombreux acheteurs repartent avec des animaux acquis à des prix largement supérieurs à ceux de l’an dernier. Une inflation particulièrement lourde dans un pays où le salaire minimum mensuel s’établit à 75 000 francs CFA.
Les commerçants évoquent un approvisionnement réduit de moitié par rapport à l’année précédente. «À peine le bétail a-t-il commencé à arriver que les problèmes d’approvisionnement ont commencé à se faire sentir», souligne Ibrahim Sow. «Ici, au marché, je pense que le nombre de têtes de bétail est inférieur à celui des années précédentes»
Face aux inquiétudes, le ministre ivoirien du Commerce, Ibrahim Kalil Konaté, a assuré que près de 165 000 moutons étaient déjà disponibles sur le marché national, soit 47% des besoins estimés pour la Tabaski, promettant des prix « pour toutes les bourses ». Les autorités entendent également renforcer la production locale, qui ne couvre actuellement qu’entre 25% et 45% de la demande nationale.
Reste toutefois un obstacle culturel et commercial de taille : les moutons élevés en Côte d’Ivoire sont réputés moins imposants que ceux provenant des pays sahéliens voisins, pourtant privilégiés par de nombreuses familles pour cette célébration majeure du calendrier musulman.
Euronews
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