En poursuivant sa tournée ouest-africaine par le Sénégal puis le Mali, mardi 9 juin, le président béninois Romuald Wadagni a voulu parler à deux pôles d’une région fracturée avec d’un côté, un Sénégal attaché à la relance du dialogue régional et de l’autre, un Mali désormais engagé dans l’Alliance des États du Sahel. À travers cette séquence diplomatique, Cotonou cherche à reprendre pied dans un espace ouest-africain où les lignes bougent vite, entre enjeux sécuritaires, intérêts économiques et recomposition des rapports avec la CEDEAO. Enchaîner Dakar et Bamako dans la même journée n’a donc rien d’anodin.
Les deux étapes de ce mardi 9 juin, Dakar puis Bamako, donnent une cohérence particulière à cette séquence diplomatique. Dans les deux capitales, le message est resté le même : renouer les fils du dialogue et préserver les intérêts communs dans une région de plus en plus fragmentée.
Dakar-Cotonou : une convergence de vues sur l’avenir de l’Afrique de l’Ouest
La première étape de cette journée diplomatique a conduit Romuald Wadagni au Sénégal où il a été accueilli avec les honneurs militaires par le Président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Au-delà du caractère protocolaire de la visite, les échanges entre les deux dirigeants ont porté sur des questions essentielles pour l’avenir de l’espace ouest-africain. Les deux chefs d’État ont notamment évoqué le renforcement des échanges économiques, la coopération financière au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ainsi que les défis sécuritaires qui affectent la région.
Romuald Wadagni et Bassirou Diomaye Faye, à Dakar, ce 9 juin 2026
Dakar et Cotonou ont affiché une même volonté de privilégier le dialogue, la concertation et la solidarité régionale à un moment où la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) cherche à redéfinir ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont claqué la porte de l’organisation il y a plus d’un an. D’ailleurs, l’institution régionale ne cesse de multiplier les gestes pour maintenir un dialogue avec les pays de l’AES. Dans ce sens, l’ancien Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, s’est vu confier il y a quelques semaines la lourde mission de conduire les négociations entre la CEDEAO et l’AES.
Cette convergence entre Romuald Wadagni et Bassirou Diomaye Faye n’est pas anodine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le chef de l’État sénégalais défend une diplomatie de rapprochement et de souveraineté concertée. De son côté, Romuald Wadagni semble vouloir faire du Bénin un acteur de médiation et de dialogue dans une sous-région traversée par de nombreuses fractures.
Bamako : un rapprochement stratégique avec le Mali
Quelques heures après son étape sénégalaise, le Président béninois Romuald Wadagni a poursuivi sa tournée sous-régionale à Bamako, où il a été accueilli avec les honneurs par le président de la Transition malienne, le général Assimi Goîta. Après un entretien en tête-à-tête, les discussions se sont poursuivies au palais de Koulouba en présence des délégations des deux pays. Les échanges ont porté sur le renforcement des relations bilatérales, les perspectives de coopération économique, commerciale et culturelle, mais également sur les grandes questions qui préoccupent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Les deux dirigeants ont convenu de la nécessité de relancer les mécanismes de concertation entre Cotonou et Bamako, notamment à travers la tenue prochaine de la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Mali.
Lutte contre le terrorisme
Sur le volet sécuritaire, Assimi Goïta et Romuald Wadagni ont souligné la nécessité d’une coordination renforcée dans la lutte contre le terrorisme, sans oublier la coopération régionale indispensable pour plus d’efficacité. Les deux chefs d’État ont également réaffirmé leur attachement aux principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-ingérence. La rencontre entre les deux dirigeants revêt une portée particulière. Ces dernières années, les relations entre le Bénin et le Mali ont été indirectement affectées par les tensions entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel. Et surtout par les tensions qui existaient dans un passé récent entre le Bénin et les deux autres pays de l’AES, à savoir le Niger et le Burkina Faso.
L’arrivée de Romuald Wadagni à la tête du Bénin semble ouvrir une nouvelle séquence diplomatique marquée par la recherche de solutions pragmatiques et le rétablissement de la confiance. L’invitation adressée par le Président béninois à Assimi Goïta pour une prochaine visite officielle au Bénin, acceptée par le chef de l’État malien, témoigne d’ailleurs de cette volonté commune d’inscrire le rapprochement entre les deux pays dans la durée.
Une tournée qui dépasse les enjeux bilatéraux
Ces visites ne peuvent être comprises isolément. Elles s’inscrivent dans une vaste tournée entreprise depuis le début du mois de juin auprès des pays membres de l’UEMOA. Après avoir rencontré les dirigeants du Niger, du Burkina Faso, du Togo et de la Côte d’Ivoire, Romuald Wadagni poursuit ainsi une démarche visant à renouer les fils du dialogue dans un espace régional profondément fragilisé par les crises sécuritaires, les transitions politiques et les divergences diplomatiques. C’est pourquoi la Guinée-Bissau est également inscrite dans l’agenda de cette tournée.
À travers cette tournée, Romuald Wadagni tente de positionner le Bénin comme un partenaire de confiance capable de dialoguer avec tous les gouvernements de la sous-région, quelles que soient leurs orientations politiques. Pour Cotonou, l’enjeu est double : protéger ses intérêts économiques et contribuer, à sa mesure, à réduire les fractures qui menacent l’intégration ouest-africaine.
Serge Ouitona, Afrik.com
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