Université de Lomé : Le professeur Dodzi Kokoroko sous pression après une révélation sur le versement des arriérés de salaire

Le Professeur Komla Sanda, président de l’Université de Kara, vient de jeter une pierre dans le jardin de son homologue de l’Université de Lomé, le Professeur Dodzi Komla Kokoroko, en faisant des révélations sur versement des arriérés de salaires depuis le dernier trimestre 2020. Un fait que niait le président de l’Université.

Coup de théâtre. Lors d’une rencontre d’une rencontre de présentation de vœux et d’information sur la gestion universitaire le 4 janvier dernier au campus sud de l’UK, Komla Sanda a reconnu que les arriérés de salaires promis par l’Etat ont été versés dans le cadre du collectif budgétaire loi de finances 2020. Le collectif budgétaire a été adopté en octobre 2020.

Au cours de cette rencontre, M. Sanda « a mentionné notamment la mise à disposition de l’UK du solde de la revalorisation des salaires des enseignants  à l’issue du collectif de loi de finances rectificative (gestion 2020), des 5% de la valeur indiciaire du salaire pour le personnel administratif, technique et de service puis l’accompagnement de l’Etat à la pédagogie numérique », selon un compte-rendu disponible sur le site de l’Université.

Par cette intervention, le professeur Komla Sanda désarmorce la grogne des syndicats qui fait rage à l’UK. Les syndicats revendiquent le paiement de ses arriérés de salaire et, jusqu’à présent, se sont heurtés au silence assourdissant du président. Les arriérés seront bientôt payés, probablement en ce mois de janvier d’après un membre du personnel administratif de l’UK.

On entend néanmoins un autre son de cloche au niveau des syndicats : les arriérés ont été versés non en octobre mais en janvier 2020.  Ce qui sous-entend quelques réticences de la part de la présidence de l’UK quant à la libération des arriérés voire son entente tacite ou alignement sur la position de la présidence de l’Université de Lomé.

« Un collectif budgétaire prenant en compte les arriérés de salaire en pleine crise du covid-19 alors que les finances de l’Etat étaient mises en rude épreuve n’est pas possible », a laissé entendre un enseignant au Temps.

Dodzi Kokoroko obligé de sortir du bois

Toutefois, cette intervention devrait relancer la polémique entre la présidence de l’Université de Lomé et les syndicats. Ces derniers rencontrent l’hostilité du ministre-président Komla Dodzi Kokoroko. Celui-ci semble s’opposer ouvertement au paiement des arriérés de salaires, et, chose stupéfiante, a levé la police universitaire pour disperser sans ménagement une réunion des syndicats sur le sujet. Pour étouffer les agitations corporatistes, avec son collègue de l’Enseignement Supérieur, le professeur Majesté Ihou Watéba, il a organisé une rencontre d’explication pour réfuter les revendications tout en agonisant les enseignants de gourmandises salariales.

M. Kokoroko a alors décliné l’historique des augmentations salariales pour démontrer que les enseignants devraient plutôt montrer satisfaction et reconnaissance au gouvernement au regard des efforts déployés.

La politisation de ce problème corporatif n’a pas dissuadé pour autant les syndicats. Ils soupçonnent à tort ou à raison le président de l’UL d’utilisation des arriérés de salaires à d’autres fins, d’autant plus que, déjà, dans une note interne aux responsables des facultés et des écoles, le président de l’UL annonçait une coupure de 30% sur les budgets de fonctionnement. Une mesure qu’il explique par la destination des fonds à la lutte contre le covid-19 et aux infrastructures. Les concernés désapprouvent cette “façon, illégale, de fondre les lignes budgétaires”.

La nouvelle donne à l’UK met donc de l’eau au moulin du Syndicat des enseignants du supérieur du Togo (SEST). Selon certains, la déclaration du Professeur Komla Sanda n’est pas fortuite. Il n’aurait pas fait volontairement cette déclaration le 4 janvier dernier alors qu’il a longtemps gardé silence sur le sujet. En sortant du bois, c’est qu’en haut lieu, le pouvoir l’y a poussé. Selon toute vraisemblance, les politiques essaient de prendre le problème en main et pousser le Professeur Dodji Kokoroko à dire la vérité sur la gestion des arriérés de salaires.

Nommé président de l’Université de Lomé en 2015, le professeur Dodzi Kokoroko a bâti son storytelling sur la modernisation. La réalité est quelque peu toute autre. S’il a effectivement fait construire quelques infrastructures, sa gestion quasi cavalière est fortement décriée. La commission des marchés n’a siégé que durant la première année de son mandat. Depuis la passation des marchés se fait gré à gré, dans l’opacité, relève un chef de département.

En plus, impliqué dans des affaires de manquement à l’éthique et à la déontologie, le président de l’UL est suspendu du CAMES depuis mai 2019 pour trois ans, émasculant ainsi sa propre autorité. On pensait que Faure Gnassingbé l’a sauvé de cette crise de l’autorité en le nommant ministre des Enseignements primaires et secondaires…

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A propos Komi Dovlovi 1008 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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