Première tournée de Wadagni : cap sur le Nigeria et deux pays de l’AES

Pour son premier déplacement à l’étranger depuis son investiture le 24 mai 2026, le président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, effectue ce 1er juin une visite d’amitié et de travail au Nigeria. Cette tournée, qui se poursuivra au Niger puis au Burkina Faso, vise à renforcer la coopération bilatérale et à apaiser les tensions sous-régionales, notamment avec Niamey.

À peine installé au Palais de la Marina, Romuald Wadagni n’a pas attendu pour faire de la diplomatie régionale l’axe central de son nouveau mandat. Moins de dix jours après son investiture, le chef de l’État béninois s’est envolé ce lundi vers le Nigeria pour une visite d’amitié et de travail, à l’invitation de son homologue Bola Ahmed Tinubu. Ce déplacement, le premier bilatéral de son mandat, n’a rien d’anodin. « Il témoigne du caractère prioritaire que le Bénin entend donner à son partenariat stratégique avec le Nigéria dans la conduite de la politique étrangère du nouveau mandat présidentiel », indique le communiqué publié par la présidence de la République du Bénin ce 1er juin 2026.

À Abuja : intégration économique, énergie et sécurité maritime au cœur des entretiens

Le Nigeria est bien plus qu’un voisin pour le Bénin, c’est son premier partenaire commercial, séparé par 809 kilomètres de frontière commune et lié par une histoire qui précède les tracés coloniaux. Le Port Autonome de Cotonou est une porte d’entrée névralgique pour les marchandises à destination des pays enclavés de la sous-région, tandis que la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), forte de plus de 14 000 emplois créés en 2025, suscite un intérêt croissant des investisseurs nigérians. Ces dernières années, les exportations formelles du Bénin vers le Nigeria ont progressé de plus de 90 % en 2024.

Lors de leurs entretiens à Abuja, Romuald Wadagni et Bola Tinubu vont s’entretenir sur plusieurs axes prioritaires de coopération, notamment l’intégration économique et industrielle, la coopération énergétique, la sécurité maritime dans le golfe de Guinée ainsi que les enjeux liés à la stabilité régionale et au rôle de la CEDEAO.

Le Benin-Nigeria Business Forum de janvier 2026 et le Poste de Contrôle Juxtaposé de Sèmè-Kraké illustrent la profondeur d’une intégration bilatérale qui, manifestement, a encore de la marge pour se renforcer.

Cap sur Niamey : la visite de la réconciliation

C’est sans doute l’étape la plus attendue de cette tournée sous-régionale. Le 2 juin, Romuald Wadagni se rendra à Niamey pour s’entretenir avec le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte militaire au pouvoir au Niger depuis le coup d’État de juillet 2023. Sous la présidence de Patrice Talon, les relations entre les deux pays s’étaient détériorées.

Niamey, qui maintient ses frontières fermées avec le Bénin, accuse Cotonou d’abriter des bases militaires françaises « utilisées pour former des combattants destinés à déstabiliser le régime nigérien », accusations catégoriquement rejetées par les autorités béninoises.

L’élection de Wadagni semble avoir ouvert une fenêtre de dialogue. Signe tangible de ce dégel, le Premier ministre nigérien avait fait le déplacement jusqu’à Cotonou le 24 mai pour représenter le général Tiani à la cérémonie d’investiture. À Niamey, les deux parties devraient plancher sur un agenda dense à la hauteur du fossé à combler. Les échanges porteront entre autres, sur la coopération sécuritaire, lutte contre les menaces transfrontalières, réouverture de la frontière côté nigérien, fonctionnement du corridor d’exportation du pétrole nigérien transitant par le Bénin, relance des échanges commerciaux et mécanismes de consolidation des relations diplomatiques.

Ouagadougou : Wadagni face à Ibrahim Traoré

La tournée s’achèvera au Burkina Faso, où le président béninois s’entretiendra avec le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du pays depuis le second coup d’État de septembre 2022. Là encore, le contexte régional impose une diplomatie de contact. Le Burkina Faso, engagé dans une guerre totale contre les groupes jihadistes et de plus en plus isolé sur la scène internationale, partage avec le Bénin une frontière nord qui fait face à des enjeux sécuritaires majeurs. Wadagni avait explicitement mentionné, lors de la présentation de son projet de société, sa volonté d’engager le dialogue avec les pays voisins sous transition militaire, le Niger et le Burkina Faso au premier rang.

Au palais de Kossyam, les échanges entre Wadagni et Traoré seront essentiellement axés sur le renforcement de la coopération sécuritaire pour une riposte commune et efficace contre le terrorisme.

Casimir Vodjo Kpenou, afrik.com


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A propos Colombo KPAKPABIA 1816 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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