Tournons la page des Gnassingbe (1)

Image des violences du 19 août 2017 (Crédit photo: www.jeuneafrique.com)

Sommes-nous à un tournant  dans la lutte contre la dictature  militaro-civile qui régente notre destin depuis le 13 janvier  1963 ? L’éventualité d’une société démocratique attend-elle le Togo au lendemain de la présidentielle du 22 février 2020 ? Est-il permis de rêver ?

Karl Marx reprenant une réflexion de Hegel dit que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. A l’analyse, il y a lieu de craindre que la remarque, pleine de bon sens du philosophe allemand, s’applique notre histoire politique, et qu’il urge de tout faire pour déjouer le mauvais sort.

Comparaison n’est pas raison, mais on peut fort bien établir une analogie entre la présidentielle de 2005 et celle de 2020. D’un côté, la mort du général Gnassingbe Eyadema le 5 février 2005 mettait fin à un premier cycle d’une dictature et offrait  une possibilité  de changement démocratique. De l’autre, après 15 ans de règne dans la continuité la plus crasse de la dictature de son père, la décision de son fils de rempiler pour un quatrième mandat après une modification constitutionnelle, ferme un premier cycle de règne et ouvre la voie à un second cycle d’un pouvoir à vie, offrant peut-être également une possibilité de changement.

En 2005, l’environnement, le cadre électoral, et les conditions d’organisation ne garantissaient pas un scrutin libre, transparent et démocratique, et conduisirent tout droit le pays au chaos. Conduites par la soldatesque et la milice à la solde du pouvoir, des répressions sauvages  de la contestation du résultat ont fait 400 à 500 morts, plus de 40 mille déplacés à l’intérieur du pays, ainsi que de plus de 10 mille réfugiés à l’extérieur.

Bis repetita en 2020. Même reproduction des conditions d’organisation autour du scrutin : une commission électorale et une cour constitutionnelle sous ordre, une soldatesque toujours aussi dévouée au pouvoir en place et qui assiège depuis deux ans une partie du pays.

Malgré sa candidature unique en 2005 et une opposition à cran, l’opposition n’a pas su arracher la victoire des urnes qu’elle revendiquait. En 2020, l’hypothèse d’une candidature unique n’est pas à écarter, et une forte mobilisation populaire reste encore possible, mais l’opposition est-elle mieux disposée à arracher faire imposer la vérité des urnes ? That’s the question.

Tragédie ou tragi-comédie ? Le scénario chaotique de 2005 va-t-il se répéter ou allons-nous vers une pantalonnade électorale qui va conforter la plus ridicule dictature militaro-civile d’Afrique occidentale ?

Retour sur les propositions pour une alternance crédible au Togo.

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A propos Tony Feda 94 Articles
Journaliste indépendant. Ancien Fellow de l'Akademie Schloss Solitude (Stuttgart, Allemagne), Tony FEDA s’intéresse à la sociologie, la culture- ses domaines de prédilection sont la littérature et les arts de la scène du Togo. A travaillé pour plusieurs journaux dont Le Temps, Notre Librairie. www.culturessud.com. Depuis août 2018, s'inspirant de Robert Park et de Bourdieu, il entame sur son blog www.afrocites.wordpress.com des projets sur des thèmes concernant la ville.

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