Présidentielle 2020: La surprise qui attend la dictature togolaise

Pour les militants du parti UNIR au pouvoir au Togo, le quatrième mandat est déjà plié. Le Premier Ministre Klassou et les membres de son gouvernement n’en font plus un secret. Les deux dernières années, le régime a réussi à contenir les contestations populaires, affaiblir l’opposition politique et manipuler à sa guise les réformes constitutionnelles qui étaient réclamées par les adversaires et une partie de la communauté internationale. Mais à 6 mois de la tenue du scrutin présidentiel, Faure Gnassingbé n’a pas toutes les cartes en main.

En votant la révision constitutionnelle qui limite à deux le mandat présidentiel, l’Assemblée acquise au pouvoir de Faure Gnassingbé a réalisé ce pour quoi elle a été mise en place. Il est clair qu’en obligeant l’opposition (C14) à boycotter les élections législatives de décembre 2018, le pouvoir voulait avoir les mains libres pour piloter le processus de réforme. Le plan que nourrissait une partie de l’opposition et de la société consistant à mettre en place une transition a été annihilé par les « experts » mis à contribution par le régime vieux de 52 ans. Presque seul à bord, l’UNIR peut faire semblant d’accorder aux opposants leur principale revendication. Ce faisant, ils ramenaient en même temps à zéro le compteur du mandat présidentiel pour celui qui bouclera bientôt 15 années de trois baux à la tête du Togo.

Faure n’a pas son destin en main

Contrairement à ce que certains tentent de faire croire, la question de l’éligibilité de Faure Gnassingbé n’est point un simple jeu d’écriture dans la constitution. Si en 2005 à l’issue de la succession chaotique suivant la mort du dictateur Eyadema certaines puissances avaient fini par fermer un œil sur l’avènement au pouvoir de son fils, c’était avec l’assurance que ce dernier n’allait pas s’éterniser au pouvoir. Une telle garantie avait été donnée notamment à la France, restée puissance tutélaire du Togo. Au Quai d’Orsay (Ministère français des affaires étrangères) tout comme à l’Elysée, le cas du Togo préoccupe plus que jamais.

Plusieurs émissaires du régimes et d’autres personnalités étrangères grassement payées pour défendre les intérêts de celui-ci, n’ont pas lésiné sur les moyens pour surveiller la direction de Paris d’où pouvait venir à tout moment un signal fatal.

C’est pour cette raison et en sachant que toute erreur lui serait irréparable que depuis quelques mois, l’héritier Faure tente de rencontrer le président français. L’enjeu pour lui serait de gagner la confiance d’Emmanuel Macron et amener ce dernier à fermer un œil sur son appétit d’un quatrième mandat.

En 2018 le président Macron n’avait pas voulu prendre position ouvertement sur le Togo. Il prétextait que le dossier togolais était entre les mains de l’Union Africaine et de la CEDEAO. Ce qui n’a pas empêché que Paris jouât de ses moyens pour peser dans les tentatives du régime togolais de brouiller les cartes. Des câbles diplomatiques entre la France et le Nigeria d’une part et entre la France des pays voisins tels que le Ghana et le Bénin, attestent de l’intérêt de la France au Togo. En plus le refus de Macron de recevoir à Paris Faure Gnassingbé reste le témoignage de l’isolement dont ce dirigeant fait l’objet. Même si dans le milieu il se susurre que l’audience pourrait finir par être accordée, la position de Macron n’est pas encore un pari gagné.

L’enjeu président n’est plus électoral

Il n’y a plus que quelques rêveurs au sein de certains partis politiques qui parlent de participer à la prochaine élection présidentielle. Après l’échec du dialogue politique, le boycott des législatives et l’échec cuisant aux élections locales de juin dernier, les adversaires du régime ne se font plus d’illusion quant aux capacités de nuisance du pouvoir, notamment sur le plan électoral.

Et pourtant les choses auraient pu être autrement. L’interdiction en mars 2019 du retour de l’acteur clé qu’est Me François Boko (ancien ministre de l’intérieur devenu opposant et candidat potentiel à la présidentielle) a sonné comme un véritable coup de boutoir. Finalement les observateurs même les plus crédibles finissent par comprendre que les réformes n’étaient que trompe-l’œil et que Faure Gnassingbé même assuré de sa candidature n’est pas disposé à se prêter au jeu d’une élection libre.

Alors pour les partisans du changement tout en ciblant l’échéance de la fin du troisième mandat, l’enjeu n’est plus de s’aligner face au candidat du pouvoir. D’abord ils veulent l’empêcher de se présenter, et à défaut d’y parvenir, ils veulent éviter de servir de caution à la dictature. Beaucoup sont persuader que le système est prenable…

L’éveil de l’opposition n’est pas non plus à exclure. Le ras-le-bol au sein de la population est perceptible. Les partis politiques traditionnels sont affaiblis, certes. Mais la fronde contre le pouvoir reste vivace dans les cœurs. Il y a dans ce pays du feu qui couve sous la cendre. Et si les partisans du pouvoir tentent de l’ignorer, il n’en est pas de même de ceux et celles qui ont toujours consenti des sacrifices pour mettre un terme au règne qui a trop duré.

L’équation togolaise reste entière, avec de multiples inconnues.

Josephine Bawa et K. Agnoglati

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