Coronavirus : Mise sur pied de la cellule de gestion

Professeur Mustaha Mijiyawa, ministre de la Santé et de l'hygiène publique,

Le ministre de la Santé vient de mettre sur pied par arrêté ce 23 mars, une Cellule sectorielle de  la gestion de la crise au coronavirus, une cellule qui paraît déjà comme une lourde machine bureaucratique.

On le soupçonnait, on pensait que le gouvernement ne voyait pas la crise venir et ne s’est véritablement pas préparé. Ce n’est qu’hier 23 mars que le ministère de la Santé et de l’hygiène publique (MSHP) a créé par arrêté une Cellule sectorielle de  la gestion de la crise au Covid 19 (CSGC). La CSGC « assure la gestion de toutes les actions de riposte à la pandémie au Covid 19 au MSHP en adéquation avec les directives et orientations du gouvernement », indique l’article 2 de l’arrêté.

Selon l’article 24, la CSGC a pour tâche :

  • assurer le leadership de la riposte à la pandémie ;
  • déterminer une vision, des buts et des objectifs communs à la riposte ;
  • établir les priorités immédiates ;
  • superviser toutes les activités de la riposte ;
  • valider toutes les activités des comités notamment et les plans de contingence et d’action, le budget et le plan de communication.

La Cellule est dirigée par deux femmes, La Professeure agrégée Dorkenoo Ameyo, chef division des laboratoires, et la Docteur Kinde-Sossou Rebecca Mèyè, épidémiologiste spécialisée dans la lutte contre le paludisme.  

La CSGC est une grande machine bureaucratique composée de plusieurs dizaines de membres.  Elle compte des représentants du ministère de la Santé (une vingtaine), des institutions et agences gouvernementales  (4), des autres institutions de la santé (4), des partenaires bilatéraux et multilatéraux, de la société civile (1) et de personnes ressources.

« Les personnes ressources sont des personnes ayant une expérience avérée dans la gestion des maladies à potentiel épidémique venant des secteurs de l’enseignement, du système de Nations Unies et autres institutions », souligne l’arrêté.

La cellule est assorti de trois comités technique, « communication   stratégique, relations publique et gestion des rumeurs », et un comité finance et administration.  Il est précisé que le secrétaire général du MSHP est le président du comité technique, tandis que le comité chargé des opérations est dirigé par Dr Tamekloe Tsidi Agbeko. Dr Kinde-Sossou Rebecca Méyè est quant à elle chargée du rapport situationnel.

On note toutefois qu’il ne s’agit que d’une cellule dédiée à la gestion sanitaire de la crise, composée uniquement de professionnels de la santé, notamment des hauts fonctionnaires du ministère. Ailleurs, le comité de crise est composé d’experts pluridisciplinaires dont des médecins et universitaires de renom, des économistes, des anthropologues et des sociologues. L’aspect global de la gestion d’une telle crise sanitaire, humanitaire et économique échapperait-il au gouvernement ? Peut-être le gouvernement prépare-t-il également la création d’une autre cellule d’experts pour s’occuper cette fois-ci des questions économiques, sociales, et sécuritaires ?

Impréparation et insuffisance de communication

Le premier cas du Covid 19 est apparu au Togo le 5 mars. Le pays enregistre depuis 20 cas dont une guérison. De sources proches du ministère, on s’attend à une explosion de cas dans les tout prochains jours voire le pire dans les semaines à venir. Le CHR de Lomé commune a été réquisitionné pour faire face aux urgences liées au coronavirus.

La mise sur pied tardive de la cellule,  presque trois semaines après le cas index dénote de l’impréparation des autorités publiques togolaises. Alors qu’elles annonçaient avoir pris des mesures dès l’alerte à la pandémie par l’OMS en janvier, les dirigeants togolais n’ont pas pris les mesures idoines qui s’imposaient. Jusqu’à l’annonce par le gouvernement vendredi 20 mars des mesures de confinement de certaines villes comme Sokodé, Kpalimé, Tsévié et Lomé, les dirigeants paraissaient timorés. Exemple: les dirigeants d’établissements universitaires et scolaires, les autorités religieuses, ont pris des décisions portant fermeture des écoles et lieux de culte avant que le gouvernement ne décide dans la foulée le soir à sortir un communiqué. Il en est de même du préfet de Zio qui, suite à un cas dans la ville, a annoncé la fermeture du marché de Tsévié, alors qu’à Lomé et sur l’ensemble du territoire, tous les marchés tournaient à plein régime.    

L’impréparation des responsables politiques, surtout sur le plan de la sensibilisation, caractérise un chaos dans la gestion du coronavirus. Le Togo a un système de santé  en plein délitement, caractérisé par l’insuffisance criarde d’équipement, de personnels sous-équipés pour faire face à des cas de détresse comme la pandémie du Covid 19. On craint une explosion du système moribond et à une hécatombe dans la population, encore réticente à observer scrupuleusement les directives de confinement.

Contrairement à ses pairs de la sous-région et dans le monde, le président togolais Faure Gnassingbe s’est emmuré dans un silence assourdissant. Aucune adresse à la nation ni autre sortie pour sensibiliser la population. Il en est de même de son premier ministre Selom Klassou resté silencieux. Seul l’ambassadeur des Etats-Unis, Eric William Stromayer , a fait une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, pour attirer l’attention du public sur le respect strict des règles de prévention et d’hygiène. Un désert de sensibilisation paradoxalement occupé par quelqu’un qui n’est pas directement concerné.

Il y a 332 930 cas du Covid 19 dans le monde dont 40 788 ce 24 mars, 14 510 décès dont 1727 aujourd’hui. Le continent africain enregistre 990 cas 23 morts dont 3 au cours de cette journée

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A propos Komi Dovlovi 997 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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