Hausse inattendue du prix des produits pétroliers

Les autorités togolaises ont annoncé ce mardi à travers un communiqué l’augmentation du prix des produits pétroliers. Ainsi le litre de super est passé mardi de 580 à 592 Fcfa et le gasoil de 630 à 638 Fcfa.

Le ministère du commerce explique cette augmentation  une hausse légère du coût d’importation, de l’ordre de 1 à 2%. Les autorités togolaises ont mis alors en œuvre le mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe.

Sur le site officiel de la République, le gouvernement donne cette explication:

Si les cours mondiaux du pétrole sont orientés à la baisse, les frais de transport maritime ont bondi depuis plusieurs semaines.

Une explication qui suscite la polémique car quelque peu tirées par les cheveux. La décision gouvernementale intervient au moment même de la baisse du prix du baril sur le marché mondial et surtout du cours du dollar américain qui est passé de 635 FCFA à moins de 600 FCFA ce 21 juillet. En principe si le prix du baril baisse, les transports n’ont aucune raison d’augmenter.

Offre supérieure à la demande

Sur le marché mondial, la tendance est effectivement à la baisse à cause d’une offre supérieure à la demande. Ce 21 juillet à la bourse de New-York, on a constaté une légère hausse qui ne cache la tendance baissière constatée sur les marchés européens. Depuis l’accord de Genève sur le nucléaire iranien, une possible entrée du pétrole de l’Iran sur le marché- ce qui signifie une augmentation de l’offre- entraîne une pression  sur le cours du pétrole.

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Les prix du pétrole baissaient un peu mardi en cours d’échanges européens, le WTI oscillant mollement autour du seuil symbolique des 50 dollars le baril, sous lequel la référence est passée pour la première fois lundi, lestée par l’excès d’offre sur les marchés.

Vers 10H00 GMT (12H00 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 56,61 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 4 cents par rapport à la clôture de lundi.
Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en août, dont c’est le dernier jour de cotation, perdait 4 cents également à 50,11 dollars.
La perspective d’un retour de l’Iran et ses effets sur la surabondance d’offre continuent de peser sur les cours, notaient les analystes de Commerzbank, écrit le site spécialisé www.leprixdubaril.com .

 

Pressions fiscales déguisées

Cette hausse inattendue pourrait s’expliquer par l’augmentation  des taxes sur les produits pétroliers. Ce qui pourrait s’apparenter à une vaste escroquerie officielle déguisée pour renflouer les caisses de l’Etat. En effet, la structure du prix des produits pétroliers serait quelque peu fantaisiste, n’obéissant à aucune réalité économique. Le gouvernement togolais voudrait ainsi renflouer les recettes de l’Etat mises à mal ces derniers mois.

Réalisée sur fonds propres par le Gouvernement, la présidentielle a coûté plusieurs dizaines de milliards CFA au budget de l’Etat. En 2013, un rapport des experts du FMI craignait les dérapages dans les comptes publics à cause des élections.

Tout d’abord la loi de finance 2015 a montré l’augmentation du budget de certains ministères au détriment des secteurs sociaux. Des ministères qui ont concouru indirectement la campagne du président sortant  Faure Gnassingbé. Il y a eu une coupe de 24 milliards cumulés sur les secteurs de l’éducation et de la santé alors que le budget de la présidence est passé à 200% en 10 ans et le ministère du Développement à la base passe de 2 milliards à 13 milliards en une année !

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Ensuite, il y a un laxisme au niveau de la tenue des comptes de campagne des candidats et des partis pendant les élections. Les dépenses du candidat UNIR pendant la présidentielle 2015 sont restées inconnues alors que vu les moyens déployés sur le terrain, il est de notoriété publique que les frais de campagne- estimation officieuse  de l’ordre plusieurs milliards- ont largement dépassé la limite des 500 millions CFA autorités. Enfin, les directeurs des sociétés d’Etat, membres de  fait du parti UNIR au pouvoir, sont contraints à l’effort financier de campagne.

Conséquences sociales prévisibles

La hausse intervient dans un contexte de crise sociale. Certes le Togo est dans la sous-région champion  des subventions des prix des produits pétroliers. Et cette subvention a un coût  budgétaire élevé, qu’il s’agisse tant des subventions directes au prix des carburants que des subventions indirectes accordées aux sociétés de raffinage ou de distribution nationales. Pour la seule consommation d’essence, le manque à gagner est  estimé, selon le FMI à 4,1% du budget pour le  Togo.

Mais le Togo a des prix très élevés par rapport au niveau de vie. Et le prix du carburant à la pompe est l’un des plus élevés de la sous-région. Il s’ensuit qu’il y aura des conséquences inévitables sur l’augmentation du prix des transports au moment même où on connait un renchérissement des prix des denrées alimentaires, surtout les céréales.

Le Togo a connu une grève dans les secteurs de l’éducation et de la santé pendant plusieurs mois en 2014 et début 2015 pour l’amélioration des conditions des travailleurs. Cette nouvelle hausse devrait entraîner à nouveau la grogne  dans ces secteurs.

 

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A propos Komi Dovlovi 966 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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