Rwanda : la jupe, nouveau terrain de contrôle policier

Des femmes en mini-jupe manifestant

Le refoulement de plusieurs femmes lors d’un concert à Kigali et l’interpellation d’une jeune femme à Rubavu ont relancé au Rwanda un débat récurrent sur l’habillement, la décence publique et les limites de l’intervention policière.

La polémique a éclaté après le concert de la star tanzanienne Diamond Platnumz, organisé le 29 août 2026 à Kigali. Plusieurs jeunes femmes ont affirmé avoir été refoulées à l’entrée en raison de tenues jugées trop courtes. L’affaire a rapidement enflammé les réseaux sociaux et suscité de nombreuses réactions.

Face aux nombreuses voix dénonçant une atteinte à la liberté vestimentaire, TV5MONDE a également consacré un reportage à cette controverse, revenant sur les réactions suscitées par ces faits ainsi que sur les précédents qui, au Rwanda comme dans d’autres pays africains, ont déjà alimenté le débat sur l’habillement féminin.

Une vidéo montrant l’intervention musclée de policiers auprès d’une jeune femme a, elle aussi, provoqué l’indignation. La Police nationale du Rwanda a reconnu l’incident et présenté ses excuses. Quelques jours plus tard, une autre affaire est venue raviver la polémique à Rubavu. Une jeune femme y a été interpellée par deux policiers qui lui reprochaient, selon les images et les informations rapportées, la longueur de sa jupe.

Que dit la loi ?

Ces interventions sont notamment rapprochées de l’article 143 du Code pénal rwandais, qui sanctionne l’accomplissement d’un « acte indécent » en public d’une peine de six mois à deux ans d’emprisonnement.

Mais le texte ne fixe aucune longueur de jupe ou de robe et ne définit pas précisément ce qu’est un « acte indécent ». Cette absence de définition laisse ainsi une marge d’interprétation importante et soulève des interrogations sur les critères permettant de considérer une tenue vestimentaire comme constitutive d’une infraction.

Une polémique qui n’est pas nouvelle

La controverse rappelle l’affaire Liliane Mugabekazi, arrêtée le 7 août 2022 après avoir assisté à un concert à Kigali dans une robe jugée indécente par les autorités. Dans son reportage, TV5MONDE revient sur cet épisode et souligne le caractère récurrent de la controverse autour de l’habillement féminin au Rwanda. Décidément, le mois d’août serait-il en passe de devenir, pour certaines jeunes femmes rwandaises, celui de la détresse vestimentaire ?

Au-delà de la question vestimentaire

Le débat dépasse désormais la seule question de l’habillement. Il pose une interrogation plus fondamentale de savoir où placer la frontière entre la liberté de s’habiller selon les circonstances et l’intervention de la police, lorsque les limites de l’une comme de l’autre demeurent incertaines ?

Il interroge également, plus largement, la place accordée à la femme dans la société rwandaise et sa liberté de disposer de son propre corps et de ses choix vestimentaires.
Une tenue jugée courte, moulante ou révélatrice suffit-elle, à elle seule, à caractériser un acte d’indécence publique ? D’autant que, dans les affaires récemment rapportées, les images diffusées ne montrent pas nécessairement de nudité, mais des vêtements dont le caractère « indécent » relève d’une appréciation subjective.

Au fond, tant que les limites resteront floues, le risque est de laisser une large place à l’interprétation et, avec elle, aux controverses sur l’exercice du pouvoir de police. Sans clarification des règles, les incidents de même nature pourraient ainsi continuer à se multiplier.

Faustin Kabanza, afrik.com


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A propos Colombo KPAKPABIA 2093 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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