Héros de tout un peuple, Rajendra Dawadi, le principal du collège de l’école secondaire Tribhuvan Trishuli, a évacué son établissement en quinze minutes et sauvé tous ses élèves. Récit.
Alors que les conditions atmosphériques se gâtent, avec des risques de pluies de mousson sur les zones inondées et la formation d’un lac artificiel côté chinois qui menace de céder, le Népal s’accroche aux rares bonnes nouvelles. Les équipes internationales chinoises, indiennes et sud-coréennes ont trouvé cet après-midi une entrée pour le tunnel du barrage hydroélectrique de Trishuli-3A. Elles espèrent retrouver des survivants parmi les 350 ouvriers et ingénieurs pris au piège.
Mais le nouveau héros de l’État himalayen se nomme Rajendra Dawadi, 47 ans, directeur de l’école secondaire Tribhuvan Trishuli, dans la vallée de Trishuli, au Népal, une ville engloutie sous neuf mètres de boue depuis le drame du mercredi 26 août.
« J’étais en classe en train de donner le cours quand j’ai reçu un appel vers 9 h 10, assure-t-il. Il y avait 950 élèves en classe et environ 700 en train d’arriver ou déjà dans la cour de récréation. Mon ami m’a dit que son village, situé en amont, avait disparu, emporté par la rivière, et qu’il fallait fuir. Vite. »
Dawadi pense d’abord que son école est hors de danger. Le bâtiment en béton de trois étages se trouve à environ 60 mètres au-dessus de la rivière et au même niveau que le pont en acier. « Mais je n’ai voulu prendre aucun risque, assure Dawadi. Je suis sorti de classe. J’ai prévenu mon collègue Pradeep Pandit. Ensemble, nous avons fait sonner la cloche de l’école, rassemblé tous les élèves. Ceux déjà en cours, ceux qui étaient arrivés entre-temps. Nous avons aussi prévenu les bus scolaires de faire demi-tour et de foncer vers la montagne, et lancé une évacuation générale vers les sommets. »
Deux victimes
Les enfants ont commencé à comprendre qu’ils étaient en danger. Une fille a fait une crise de panique et a été emmenée sur les hauteurs à bord d’une moto. Les autres ont fui à pied, en courant suivis par Dawadi, qui a été le dernier à quitter son établissement. Entre l’appel de son ami et l’évacuation, il ne s’est écoulé que quinze minutes.
Les enfants ont fini par s’abriter sous un arbre de la Bodhi, à flanc de colline. Ils ont vu, cinq minutes après leur évacuation, les eaux de la crue emporter les bâtiments de leur école. La réactivité de Dawadi a permis de sauver, au total, 1 643 enfants et tous les membres du personnel enseignant, à l’exception d’un seul. Santos Pariyar, 32 ans, professeur d’histoire-géo, a été emporté après être retourné dans sa chambre louée près de la rivière pour préparer le petit-déjeuner. Le concierge de l’école, Sultan Lama, a également péri après être retourné fermer les portes.
Les habitants du village et tout le Népal qualifient Dawadi de héros pour avoir sauvé les enfants. Mais lui en est moins convaincu. « Qu’aurais-je pu faire d’autre ? », a-t-il déclaré ce dimanche à la chaîne privée Kantipur TV (KTV), en inspectant les ruines boueuses où se dressait autrefois, voilà quatre jours son école.
Paris Match
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