Lorsqu’Arnaud a annoncé à ses proches avoir eu recours à une vasectomie, certains hommes de son entourage « se sont saisis de leur paquet, choqués ». Mais pour le désormais quarantenaire, la décision était prise avant même de devenir père. « Je savais que, si j’avais un enfant, je n’en aurais qu’un. »
Pour entamer les démarches, Arnaud a attendu le premier anniversaire de sa fille, il y a sept ans. « C’était une demande de ma femme, une forme de superstition dans le cas où notre fille n’aurait pas dépassé sa première année de vie. » Depuis, il n’a jamais regretté son choix, d’autant qu’il n’a entraîné « aucun changement sur la libido ».
Arnaud fait plutôt partie des précurseurs. Alors que 2 000 hommes ont eu recours à cette méthode de contraception en 2010, l’augmentation du nombre d’interventions a été timide dans les années suivantes.
Ce n’est qu’à partir de 2021 que cette méthode de stérilisation s’est démocratisée en France pour atteindre un record de près de 58 000 vasectomies l’an dernier, selon une étude publiée la semaine dernière par les autorités de santé. Un chiffre à rebours de la tendance mondiale, où le « recours à cette pratique contraceptive est à la baisse », note l’organisme Epi-phare.
« Solution la plus logique »
Généralement définitive, l’intervention consiste à couper ou obturer les canaux déférents qui relient les testicules à la prostate. Réalisée en ambulatoire, elle entraîne une convalescence très courte. Pour les hommes qui ont accepté de répondre au HuffPost, la certitude de ne pas ou plus vouloir d’enfants a évidemment été la première motivation.
Juste après la naissance de leur deuxième enfant aujourd’hui âgé de 7 ans, Simon* et sa compagne n’étaient pas fermés à l’idée d’un troisième. « La pose d’un stérilet était le moyen de contraception le plus adapté à ce moment-là. Ce stérilet en particulier était fonctionnel pour environ cinq ans », raconte-t-il.
La question s’est donc à nouveau posée début 2025. « Nous étions tous deux satisfaits de notre vie à quatre, nous étions donc d’accord sur le fait que la vasectomie était la solution la plus logique à ce stade. » Et surtout la plus sûre : « Des discussions avec des amis et de la famille m’ont fait réaliser qu’il n’était pas rare que des couples aient des enfants non prévus malgré une contraception – au moins relativement – sérieuse avec des méthodes un peu moins sûres – stérilet, préservatif… », explique le jeune quadra.
« Une liberté »
En région toulousaine, Jérémy* a franchi le cap après son divorce. « Ma décision était prise depuis bien longtemps – après la naissance de mon deuxième enfant – mais, à la demande de ma femme, je n’ai pas fait l’opération », raconte-t-il. Aujourd’hui, ne plus avoir à se soucier de la contraception dans ses relations « permet d’avoir une bien meilleure liberté », se félicite l’homme de 41 ans.
Jérôme, 34 ans, avait également réfléchi à la question depuis « une bonne dizaine d’années ». « C’était une évidence. Je ne veux pas d’enfants, c’était une solution super simple au problème », témoigne le Breton. Simple mais un peu longue : « J’étais freiné par le délai incompressible entre le début des démarches et l’opération, vu qu’un délai de réflexion de six mois est demandé. »
Finalement, il a franchi le pas fin 2024 pour une intervention au début de l’année suivante. « C’était une solution pratique pour remplacer la contraception chez ma compagne, avec aucun effet secondaire indésirable, contrairement à la pilule, stérilet et autres. »
Éviter les effets secondaires
Ne pas faire peser le mode de contraception – et les effets secondaires qui vont avec – sur leur compagne a été un levier pour la plupart des hommes interrogés. Lucien* a passé le cap dès 2010 après la naissance de ses jumelles. « Nous avions alors quatre enfants et un risque accru d’une nouvelle grossesse gémellaire », se souvient le jeune quinquagénaire. Pour l’éviter, la pilule n’était pas la meilleure solution, sa partenaire ayant « des problèmes de santé liés à la contraception ». « Je me suis dit que ça serait beaucoup plus simple si je réglais le sujet. »
Anthony*, trentenaire lillois sans enfants, témoigne d’une « réflexion progressive », au gré des moyens de contraception successifs testés au sein du couple. « La pilule provoquait pour ma femme une sérieuse perte de libido, le stérilet en cuivre des règles beaucoup plus longues et douloureuses », se remémore-t-il. Quant au préservatif, il vient selon lui « avec son lot de manipulations », qui tuent parfois « le mood ».
À noter que la vasectomie n’est pas synonyme de stérilité. « J’ai choisi de faire congeler des spermatozoïdes au cas où », poursuit-il. Même s’il était à peu près sûr de ne jamais vouloir devenir père au moment de la première consultation chez son urologue, la conservation de ses gamètes avait « un côté rassurant ». « J’envisage même maintenant de demander leur destruction », souligne-t-il.
Malgré une semaine relativement douloureuse après l’intervention, « si c’était à refaire, je le referais sans hésiter et même beaucoup plus jeune », souligne Anthony. « Je suis un promoteur de cette méthode dans mon entourage. »
Clément Giuliano, HuffPost
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