Quand le covid-19 s’infiltre par les frontières au Togo

Gare routière d'Agbalépédogan, l'une des principales gares qui desserre les villes de l'intérieur

Lomé, Kpalimé et Sokodé sont des villes mises en quarantaine dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus. L’entrée et les sorties  de ces zones sont officiellement sous surveillance : des barrages militarisés interdisent le passage aux engins transportant les passagers. Pour y entrer ou en sortir, il faut des autorisations dûment signées par les autorités. Est-il possible de violer les mesures d’isolement pendant qu’il existe à l’intérieur des frontières secondaires entre villes ?

Une urgence familiale à Atakpame. Une tante, la dernière de la génération de mon père se porte très mal. Elle est diabétique et quelque peu hypertendue. Je devais aller la voir et lui remettre quelques médicaments. Que faire ?

On m’apprend que chaque jour, véhicules et passagers vont et viennent comme dans un trafic ordinaire. Les tarifs des voyages seraient démesurés donnant libre court à des pratiques pas éloignées de la contrebande et surtout très malhonnêtes de la part des utilisateurs et gardiens de la route.

Moi-même je savais que je prenais des risques en voulant braver l’interdiction de sortir de Lomé coûte que coûte. Mais je me demandais aussi comment faisaient ces personnalités qui allaient et venaient chaque week-end et qui ne brandissaient que leur « haut placement » comme seule autorisation pour voyager à gré.

Sur les routes du Togo

Avant de démarrer, le conducteur a pris soin d’interpeller les cinq passagers à bord de son véhicule Toyota Tercel et de leur énoncer les conditions du voyage. En plus du tarif exorbitant, 5000F contre 2000 à 2500F, le passager doit participer aux frais connexes qui consistent à graisser la patte aux bidasses. Une extorsion systématique.  « Vous avez payé cinq mille francs pour le transport jusqu’à Atakpamé mais dès que je serai à bout de mes efforts, je vous ferai appel collectivement pour m’aider un peu avec la patrouille». Mais ce jour-là, il a eu un peu plus de chance, dit-il,  car les tracasseries ont été moindres le long de la traversée parce que ce n’était pas jour de marché à Atakpamé. Les jours de marché, les hommes en treillis s’engraissent, déclare le chauffeur, lui aussi complice.  Ils peuvent paraître quelque peu méchants, juste pour avoir un peu de bakchich. La plupart des passagers ne veulent pas « s’encombrer » de bavettes et passent le temps à causer.

Le nombre de barrages a aussi diminué selon le chauffeur : il n’y en avait seulement que six contrairement à la multitude d’arrêts obligatoires qui existaient au début du bouclage de la capitale.

Un voyageur, qui a fait le trajet Dapaong-Lomé avec un mini-bus transportant des marchandises, a payé 36.000 F au lieu de 8.000F en temps normal. Le chauffeur lui a fait comprendre que ces sous lui permettront “d’éteindre le feu du couvre-feu”.

« Au Nord, il n’y a aucun respect des mesures barrières, ni couvre-feu d’ailleurs. La vie se déroule comme si la pandémie n’existait pas », raconte le même voyageur. Alors, les forces de l’ordre en profitent pour se faire des sous. Il y a au moins une vingtaine de barrages sur le trajet Dapaong-Lomé, et à chaque barrage les chauffeurs doivent payer, ajoute ce voyageur revenu du Burkina Faso par auto-stop.

Avant de sortir de la capitale togolaise il fallait que tout conducteur de véhicule brandisse un papier l’autorisant à sortir. Le taximan que nous avons pris pour voyager n’en avait aucun sauf celui fiduciaire qui lui permettait de franchir sans difficultés les passages-arrêts sous surveillance militaire. En tout cas personne n’en avait vu tout le long du voyage.

Les taximen connaissent pratiquement à quelque exception près par cœur la situation géographique de chaque barrage quel que soit l’endroit où ils veulent aller sur le territoire.

Le tout premier c’est à Davié-péage. Celui-ci est très facile à contourner avec l’aide des mototaxi qui, pour une distance de moins de 500 mètres, taxent 1000 F à la charge du passager. C’est seulement à prendre et non à laisser. Le chauffeur continue vide et retrouve ses passagers plus loin à la barbe de la sécurité. Ainsi de suite jusqu’à la destination finale mais un peu plus relaxe après l’étape de Tsévié puisque le chauffeur traverse les autres barrages à partir de Notsè avec l’ensemble des passagers à bord.

« Notion de voyage »

Quels sont les modes de propagation du virus au Togo ? « Les 100 premiers cas confirmés au Togo sont des personnes arrivées par Air France », déclare furax le  Professeur Majesté Wateba Ihou, l’un des médecins chargé de la lutte contre le Covid-19. Dans son rapport quotidien sur l’état des lieux du covid-19 au Togo, la cellule de coordination écrit souvent : « tel cas confirmé avec notion de voyage ». En plus des voyageurs par avion, il y eut d’autres cas confirmés « avec notion de voyage ». La plupart des clusters dans l’Akebou, Djarkpanga, Dapaong, Cinkacé, Badou et Sokodé le sont avec « notion de voyage ».

A la lecture,  on comprend aisément qu’après la fermeture des frontières aériennes, des voyageurs ont pu passer par des frontières terrestres, notamment celles de l’Ouest, par le Ghana. Certains voyageurs sont des Togolais revenant de Côte d’Ivoire alors que d’autres sont des Togolais qui ont fait des allers-retours au Ghana pour raisons de famille. Certes, les frontières africaines sont poreuses, mais que les frontières togolaises deviennent totalement des passoires en pleine crise sanitaire constitue un danger pour la population. C’est une faille dans la stratégie d’endiguement du nouveau coronavirus. Et cette fuite dans le système a créé de sérieux dommages à la machine.

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