L’arrestation musclée d’Agbeyome Kodjo racontée par son fils Jean-François

Char d'assaut (Image d'archives Internet)

C’est derrière un char d’assaut et dans une violence inouïe que le commando puissamment armé a interpellé Agbeyome Kodjo et son entourage. Voici le récit de son fils, Jean-François.

Bonjour. Je m’appelle Jean-François Kodjo, un des enfants d’Agbeyome Kodjo. Je voudrais d’abord vous remercier, vous qui portez dans vos prières et dans vos pensées en ce moment extrêmement difficile pour notre famille.

Je me sens le devoir de vous expliquer ce qui s’est passé dans cette journée du 21 avril 2020, date de la troisième convocation d’Agbeyome Kodjo au service de renseignement de la gendarmerie (SCRIC).

Un char d’assaut et un commando puissamment armé

Notons que la veille à 20 heures déjà, notre domicile avait déjà été encerclé par les forces de l’ordre. A 4 heures du matin, un char d’assaut est venu avec des renforts et s’est positionné face du portail [d’Entrée principale]. A 9 heures, le char défonce le portail et les forces de l’ordre rentrent dans la maison, le personnel de maison, des sympathisants, mais également des visiteurs venus la veille et qui n’ont pas pu rentrer à cause du couvre-feu, ces gens ont été passés à tabac. Toutes les portes de la maison ont été défoncées [et brisées], y compris certaines qui n’étaient pas fermés.

Nous étions, nous la famille, au salon avec Mgr Kpodzro (l’archevêque émérite de Lomé). Nous étions en prière pouvons entendre des cris de détresse, des cris effroyables des personnes frappées. Au bout de quelques minutes, les forces de l’ordre arrivent au salon et nous leur avons dit que nous n’opposons aucune résistance à leur intervention.

Malgré cela, nous avions été molestés, brutalisés, menottés au dos et jetés par terre. Je pense qu’aucun homme, aucun être humain n’est configuré à voir sa famille molestée, brutalisée de la sorte, sous ses yeux. Une violence qui m’est difficile de vous décrire. Nous avions été amenés à la devanture de la maison toujours menottés, jetés à même le sol, sous le soleil,  entassés comme du bétail et parfois piétinés. Nous allons être par la suite conduits dans des camions de gendarmerie, dans les locaux du SCRIC où nous avons passé toute la journée assis à  même le sol, nos effets personnels ont été saisis, des procès-verbaux, des documents et divers objets. Toute l’intervention a été filmée par les forces de l’ordre.

Quel est le crime d’Agbeyome Kodjo ?

Quel est notre crime ? D’abord, nous, sa famille est celui d’être un fils, une mère, une fille, un frère ou une sœur d’Agbeyome Kodjo, un homme qui lutte pour la vérité, qui lutte pour ses convictions. Et lui-même Agbeyome, quel est son crime au final- celui d’avoir participé à une élection et d’estimer en avoir été le vainqueur, un élément à l’appui, celui d’être vu remettre un drapeau lors d’une célébration religieuse ? [Mgr Kpodzro a  au cours d’une messe remis le drapeau togolais dans les mains d’Agbeyome, candidat d’un regroupement appelé Dynamique Mgr Kpodzro, ndlr].

Je pense que lorsque deux boxeurs se battent, à l’issue du combat, celui qui estime avoir gagné lève les poings avant même la décision du jury ou de l’arbitre, ce n’est pas pour autant qu’on lui retire la licence professionnelle. Ça fait partie de l’esprit de la compétition, des collaborateurs d’Agbeyome Kodjo, des gens qui ont participé, aidé sa campagne ont été enlevés nuitamment, des familles sont restés sans nouvelles d’autres [compagnons]  jusqu’à ce jour.

Dois-je rappeler que Agbeyome Kodjo a déjà effectué soixante jours au Camp Landja de Kara dans une affaire de détournement de fonds ou les banques mises en cause ont déclaré n’avoir perdu aucun argent.

Dois-je rappeler également que le même Agbeyome Kodjo a passé quarante jours gratuitement [injustement] dans les locaux de la gendarmerie dans l’affaire des incendies  des marchés de Lomé et de Kara ?

L’état de  santé d’Agbeyome Kodjo s’est dégradé

Mais c’est ce sentiment  d’injustice, un sentiment que cela devienne une injustice [la  phrase incompréhensible, ndrl]. Je pleure et j’ai mal pour ce qu’il se passe au Togo, où l’intérêt personnel est devenu la clé de voûte des comportements, des aptitudes, des actions. Je prie et je garde espoir que le Togo se relèvera un jour pour le bien de tous ; l’amour, l’intérêt de tous, seront les considérations désormais essentielles pour chacun d’entre nous. L’état de santé de notre père s’est dégradé  principalement durant la période de la campagne et après les élections, [une situation] due aux harcèlements à répétition, aux persécutions dont il est l’objet. S’il advenait qu’il lui arrive quelque chose aujourd’hui ou après sa libération, nous savons tous qui sera le coupable.
Je vous demande également de porter notre père dans vos prières, à l’instar des hommes qui  ont souffert dans ce monde au nom de la vérité et de [la lutte] contre la corruption.

Je vous demande de prier avec nous pour qu’il reste debout et qu’il ait la force de continuer de se battre pour ceux qui croient en lui et garder la tête haute même dans l’adversité.

Merci infiniment. Que Dieu bénisse chacun d’entre vous et prions fermement pour que le plan divin puisse se manifester dans notre pays. Je vous remercie.

A propos Komi Dovlovi 1013 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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