Gilchrist Olympio: le nouveau chef de file de l’opposition dans la vitrine de la dictature togolaise

Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé, le 26 Avril à l'Assemblée nationale togolaise

A la faveur de la célébration du cinquante-neuvième anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Togo, le régime au Togo a sorti son nouveau poulain. Gilchrist Olympio, naguère chef incontesté de l’opposition (historique) a retrouvé la lumière, sous les projecteurs du système qu’il a combattu pendant plus de 40 ans. Pour les autorités togolaises, il est le symbole du compromis républicain.

Le 26 Avril, face à ses députés au complet, Faure Gnassingbé a livré son message sur l’état de la nation. Une litanie de mesures dites sociales, toutes électoralistes les unes que les autres, à en croire des analystes et opposants. Pour le chef de l’Etat qui n’était pas habitué à ce type d’exercice, il fallait marquer le coup. Mais que dire en cette occasion spéciale, si on ne veut pas donner l’impression de céder aux pressions de l’opposition. Le décorum offrait la solution: Gilchrist Olympio, le nouveau chef de file de l’opposition était présent. Il fournissait la réponse parfaite. Alors pourquoi ne pas promouvoir ce produit dont on est le concepteur?

L’opposant ‘modèle’ de la République

Faure Gnassingbé aime le nouveau Gilchrist Olympio. Leur amour date d’avant l’Accord politique global. Un deal politique de partage de pouvoir et de réformes politiques est passé par là. Tant pis pour le vieil opposant si le fils de son ancien challenger l’a roulé dans la farine. Il n’en a rien à foutre si son parti UFC n’a eu que des miettes lors des législatives d’apparat du 20 décembre. Il s’en tape s’il n’a qu’un demi-ministère dans l’actuel gouvernement. Désormais, il tient une place au sein du dispositif institutionnel. Il est le chef de file de l’opposition: le poste que son fils putatif et ancien élève Jean-Pierre Fabre lui a chipé après les élections de 2013.

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Pour Faure , Gilchrist est le symbole de l’opposant républicain comme il aime à en avoir. Il est docile, ouvert, toujours consentant pour toutes les combines, pourvu que cela n’ébranle pas les équilibres du pouvoir. Il lui a donc rendu un hommage bien appuyé.

Dans l’entourage du fils de Sylvanus Olympio, premier président du Togo indépendant, certains continuent à ne jurer que par l’accord entre les deux hommes, et attendent que le pouvoir leur échoie l’année prochaine. Même avec leur leader groggy voire grabataire, ils présentent Gilchrist comme leur candidat pour la présidentielle de 2020. Chez UNIR, on rit sous cape…

Le message de Faure à ses adversaires

En adoubant Gilchrist Olympio, Faure Gnassingbé envoie un message clair à ses opposants, à commencer par Jean-Pierre Fabre, l’ancien chef de file de l’opposition. Ce dernier aurait payé pour sa témérité. Parce qu’il a refusé de faire la bête pour avoir le foin. Depuis les législatives de 2013, les choses allaient plus ou moins bien entre Fabre et Faure: jusqu’au 19 août 2017… en s’alliant avec Tikpi Atchadam et en optant pour la méthode forte pour combattre le régime (et non plus les sensibleries de marches à la plage et les déclarations saisonnières) Fabre et on parti ANC auraient trahi l’accord informel…

Le 27 Avril, Gilchrist Olympio a confirmé le nouveau marché, en faisant déclarer par le biais de son parti – comme une leçon à l’opposition active – que c’est par « le dialogue » qu’on doit résoudre les problèmes. Olympio qui, l’année dernière encore accusait le parti au pouvoir d’avoir trahi son engagement, glose maintenant dans sa nouvelle tenue de chef de file, comme un écolier qui reçoit un nouveau jouet!

Le message est tellement bien compris que même les plus conciliants des adversaires du régime commencent à se dire qu’il n’y a plus de solution pacifique pour mettre fin à la dictature. Le verrouillage des manifestations publiques et la chape de plomb sur les activités des partis politiques et organisations citoyennes sont les signes évidents de la rupture du dialogue. Les élections locales que l’on annonce pour le mois de juin cette année ne seront pas meilleures aux législatives passées. Mais pour Faure Gbassingbé, ce qui compte, c’est que les opposants moutons et les députés stipendiés lui dressent le tapi rouge, pour un quatrième mandat.

K. Agboglati

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