Janis Otsiémi et «Les danses de rêve du roi Behanzin » pour finir le Filbleu 2015

Les rideaux se baissent  sur la huitième édition du festival des arts de la scène et de littérature francophone (Filbleu 2015) ces 29 et 30 juin par une programmation des plus alléchantes : une rencontre littéraire ce 29 juin au Goethe Institut de Lomé et un spectacle de danse/théâtre, «Les danses de rêve du roi  Behanzin » par le Conservatoire des Danses Cérémonielles et Royales d’Abomey, et précédé d’une prestation de OTOUFO, artiste togolaise de la chanson.

Le café littéraire mettra en scène Janis Otsiémi,  étoile montante du polar gabonais. Proche de la quarantaine, ses thrillers comptent parmi les plus célèbres du continent.  Son dernier roman, African Tabloïd, est sorti le 23 septembre 2013 aux Editions Jigal. Une sombre histoire de meurtre de journaliste d’investigation, au Gabon, à un an des élections. C’est d’abord un auteur maison dont la fiction s’inspire tout droit de Libreville et de ses bas-fonds, un monde interlope. Les Gabonais se reconnaissent parfaitement dans ses œuvres.

Exemple : en 2010, il fut lauréat du  Prix du roman gabonais pour La Vie est un sale boulot (Jigal, Marseille, 2009). Il a publié coup sur coup, en 2012 et 2013, La bouche qui mange ne parle pas, Le chasseur de lucioles et African Tabloïd.

Sa renommée parvient à  Paris, capitale de la littérature francophone, ce qui lui a d’être décrit par le quotidien français Libération comme «l’écrivain qui fait des bébés à la langue française ».

Fils d’ouvrier dans le bâtiment et d’une marchande de manioc, Janis Otsiémi n’a pas fait d’études supérieures. Il a grandi aux États-Unis d’Abéké, un bidonville de la capitale qui lui fournit encore beaucoup de « matière ». Il travaille le jour comme assistant aux ressources humaines dans une compagnie aérienne et écrit la nuit. Il a eu du mal à avoir un visa pour la France en mars, pour se rendre au festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo. Les services consulaires français à Libreville ont d’abord douté de la volonté de ce père de famille de revenir un jour au Gabon. Pourtant, Otsiemi appartient à cette génération de jeunes Africains qui ne se voient pas d’avenir ailleurs que dans leurs pays, déterminés à les voir enfin changer.

Comme à la cour du roi Behanzin

Un spectacle de danse clôturera ce mardi en apothéose le Filbleu 2015 à l’Agora Senghor. « Les danses de rêve du roi  Behanzin » , est un spectacle créé le Conservatoire des Danses Cérémonielles et Royales d’Abomey. C’est un peu nouveau pour le public togolais, le pays n’ayant pas connu l’histoire d’un grand royaume, avec ses habitudes de cour. Celles de la cour du roi d’Abomey avaient disparu avec la colonisation et le soleil des indépendances. Mais en 1990, lors du centenaire du roi Glèlè, des intellectuels béninois ont voulu remettre au  goût du jour dans le patrimoine culturel immatériel les arts de la scène de la cour d’Abomey.

La commémoration du centenaire de la mort du Roi Glèlè en 1990 a révélé l’absence de toute entreprise systématique de conservation de deux éléments essentiels du patrimoine culturel de l’aire socio-géographique fon : la musique et les danses cérémonielles, royales et populaires ; le Patrimoine immatériel que constituent les danses cérémonielles et royales d’Abomey est en péril : ses détenteurs disparaissent sans que leurs savoirs et savoir-faire aient été recueillis, conservés, redynamisés. C’est à partir de ce constat que l’idée d’un Conservatoire de Danses Cérémonielles et Royales a pris forme et vie sous les traits du CDCRA. 

Le Conservatoire de Danses Cérémonielles et Royales d’Abomey, créé en 1996 par un groupe d’intellectuels d’Abomey

 Un festival de littérature

Le Festival international des lucioles bleues (Filbleu) est un festival des arts de la scène et de la littérature. Il est né en 2005 quand les festivals culturels au Togo, surtout le théâtre commençaient à connaître leur crépuscule. Initié par Gaétan Noussouglo, comédien aujourd’hui résident en France, et Kangni Alem, écrivain et enseignant de littérature à l’Université de Lomé, qui a fait le chemin inverse de venir travailler à Lomé, Filbleu avait à l’origine une ambition d’ordre pédagogique: entraîner par l’initiation le public jeune, sa cible principale,  vers les arts de la scène. Après plusieurs éditions, le Festival s’est orienté vers la littérature, un secteur en crise malgré une production livresque, notamment en matière de poésie, non négligeable. Conférences, cafés littéraires, rencontres d’auteurs avec les écoles, concours de nouvelles, ont meublé trois éditions.

En 2014, Filbleu est revenu sur ses premiers fondamentaux en se consacrant à la littérature et aux arts de la scène, sous la houlette de son directeur Cyriaque Noussouglo. Grace à l’habileté des responsables et à un réseau de relations tissées en Afrique et à l’étranger, le Festival convie chaque année plusieurs auteurs africains, dont certains grands noms de la littérature africaine,  à Lomé.

L’édition de cette année s’est déroulé en une programmation perlée étalée sur trois mois.

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A propos Komi Dovlovi 1007 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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