Avant Cannes, Juliette Binoche, Adèle Haenel et 600 professionnels du cinéma tirent la sonnette d’alarme face à l’emprise de Bolloré

Adèle Haenel, Jean-Pascal Zidi, Juliette Binoche, Blanche Gardin et quelque 600 professionnels du cinéma signent du tribune contre l’emprise de Vincent Bolloré sur leur secteur

Une tribune publiée avant le Festival de Cannes accuse Vincent Bolloré de menacer l’indépendance du cinéma français via Canal+, Vivendi et UGC.

À quelques heures de l’ouverture du Festival de Cannes, plusieurs grandes figures du cinéma français sortent du silence contre Vincent Bolloré. Dans une tribune publiée par Libération, près de 600 professionnels du secteur dénoncent l’influence grandissante de Vincent Bolloré sur le cinéma français et alertent sur ce qu’ils considèrent comme une menace « culturelle » et « idéologique ».

Parmi les signataires figurent notamment Juliette Binoche, Raymond Depardon, Adèle Haenel, Jean-Pascal Zadi ou encore Blanche Gardin. Tous soutiennent l’appel lancé par le collectif « Zapper Bolloré », né ces derniers mois dans un climat de crispation croissante autour de l’emprise du milliardaire sur les médias et l’audiovisuel. Le mouvement s’est structuré après plusieurs semaines de discussions discrètes entre réalisateurs, producteurs, programmateurs et techniciens du secteur, inquiets de la dépendance du cinéma français à Canal+.

En octobre 2025, Canal+, propriété de Vivendi, a acquis 34% du capital du groupe UGC, avec l’objectif de monter progressivement à 100% d’ici à 2028. Une opération qui inquiète une partie du secteur, alors que Vincent Bolloré contrôle déjà Canal+, StudioCanal et plusieurs médias majeurs.

Canal+ occupe aussi une place centrale dans le financement du cinéma français, dont la chaîne est l’un des principaux investisseurs : pour beaucoup de producteurs, distributeurs ou exploitants, il est aujourd’hui quasiment impossible de monter certains films sans le soutien financier du groupe.

« Une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif »

L’inquiétude des signataires dépasse largement la seule question économique. Les auteurs de la tribune accusent Vincent Bolloré de mener, à travers ses médias et ses maisons d’édition, un « projet civilisationnel » réactionnaire et d’extrême droite. Ils redoutent qu’à terme, cette concentration du pouvoir médiatique et culturel ne finisse par influencer directement les œuvres produites, financées et diffusées.

« Nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivent-ils.

La tribune évoque également le programme du Rassemblement national, qui prévoit notamment une remise en cause du CNC et de l’audiovisuel public. Les signataires disent craindre un paysage culturel où certains films ne seraient plus financés.

Le texte insiste aussi sur le climat de dépendance économique qui traverse le secteur. « Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré », écrivent les auteurs, qui appellent à « sortir ensemble du silence ».

Anne-Fleur Andrle, Huffpost


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A propos Colombo KPAKPABIA 1753 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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