La violence dans les stades marocains n’est plus un phénomène marginal. Elle s’inscrit désormais dans une dynamique sociale plus profonde, où frustrations économiques et quête d’identité se croisent dangereusement. C’est le principal constat d’une étude conjointe du Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité, Genève (DCAF) et du Centre d’études des droits humains et de la démocratie (CEDHD).
Intitulée « Gestion sécuritaire de la violence et des émeutes dans les stades au Maroc : vers une approche globale », cette recherche met en évidence un basculement : la violence sportive n’est plus une réaction ponctuelle, mais un comportement structuré, nourri par des facteurs économiques, sociaux et culturels.
L’étude révèle que les jeunes âgés de 10 à 20 ans constituent la catégorie la plus exposée à ces dérives, en particulier ceux issus de milieux précaires, souvent peu scolarisés ou en situation de décrochage. Le lien entre consommation de drogues et comportements violents y apparaît également de manière significative.
Les chiffres issus d’une enquête de terrain menée à Kénitra sont révélateurs : près de la moitié des supporters interrogés admettent adopter des formes de violence non physique (verbale, symbolique ou en ligne). Par ailleurs, 21 % reconnaissent avoir participé à des actes de vandalisme, 15 % à des affrontements entre supporters, tandis que 9 % déclarent avoir agressé physiquement des forces de l’ordre. Plus inquiétant encore, 4 % admettent avoir envahi la pelouse.
Ces comportements traduisent une banalisation progressive de la violence dans l’environnement sportif. L’étude souligne que le stade devient, pour une partie de la jeunesse, un exutoire face à des réalités sociales difficiles, marquées par le chômage, la précarité et le manque d’espaces de loisirs.
Dans ce contexte, les groupes d’ultras jouent un rôle ambivalent. Apparues au Maroc à partir des années 2000, notamment autour de clubs comme le Raja Club Athletic ou le Wydad Athletic Club, ces structures offrent aux jeunes un sentiment d’appartenance et une reconnaissance sociale. Mais cette identité collective peut aussi, dans certains cas, se construire dans l’opposition et la confrontation.
L’étude insiste également sur des facteurs internes au monde du football : mauvaise gestion des clubs, insuffisance des infrastructures et contestation récurrente de l’arbitrage. Autant d’éléments qui alimentent les tensions et servent de déclencheurs aux débordements.
Les données de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), confirment cette tendance préoccupante : entre 2019 et 2023, 686 mineurs ont été poursuivis pour des faits liés au hooliganisme, dont plus d’une centaine placés en détention.
Face à cette réalité, les auteurs de l’étude appellent à dépasser la seule réponse sécuritaire. Si le maintien de l’ordre reste indispensable, il ne peut suffire à contenir un phénomène enraciné dans des problématiques sociales plus larges.
Ils plaident pour une approche globale, combinant prévention, éducation et politiques sociales. Cela passe notamment par le développement des infrastructures sportives, le renforcement de l’encadrement des jeunes, ainsi que la promotion d’un discours médiatique responsable.
La réduction des troubles dans les stades et la garantie d’un environnement sportif sûr nécessitent la mise en place d’une stratégie globale fondée sur une bonne gouvernance en ce qui concerne les mesures à prendre pour gérer les installations sportives et leur environnement, ainsi que les stratégies de sécurité associées, souligne en conclusion l’Etude, notant que cette stratégie doit être soumise au principe de légalité, respecter les droits de l’homme et tenir compte des diverses dimensions sociales et culturelles de ce phénomène complexe.
Hespress
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