Coronavirus: Mal payés, les agents hospitaliers du CHR menacent de quitter le “front”

Mécontents de la faiblesse du montant des primes de risques alloué, les agents du CHR Lomé Commune, centre dédié pour soigner les malades du coronavirus, menacent de démissionner.

Scène hallucinante ce matin au CHR de Lomé Commune. Un militaire se présente avec une valise bourrée d’argent pour payer les primes de risques aux agents hospitaliers sur le front de la lutte contre le covid-19. Le CHR compte environ 100 employés : des garde-malades, des infirmiers, un contrôleur-logistique, des anesthésistes, un accoucheur, etc… Ils sont chargés de diverses opérations, y compris celles de croque-mort, d’ambulanciers et des tests covid-19.

« Le militaire nous donne un papier rame vierge, nous demande de mettre nos noms et de signer », dit un agent. Le paiement effectué aujourd’hui serait la moitié de la prime de risque. Les infirmiers ont donc reçu 75 mille CFA tandis que les garde-malades ont touché 50 mille. Ils auront droit au reste à la fin du mois.

Grosso modo, les primes seraient donc de 150 mille pour les infirmiers et 100 mille pour les garde-malades. Le militaire les a obligés à signer la décharge. Certains agents ont rejeté de faire le jeu et refusé de prendre cette prime.

«En réalité, nous ignorons ce qu’on nous paye. S’agit-il réellement de primes   de risques ou tout simplement d’une gratification de la part du chef de l’Etat », déclare amusé un agent au Temps.

Les agents du CHR ont commencé le travail dans la précipitation le 30 mars dernier. Ils viennent essentiellement des hospitaliers formés dans le cadre de la lutte contre Ebola en Afrique de l’Ouest en 2013-2015.

Depuis leur entrée en fonction au CHR, ils réclament en vain une réunion sur les conditions  pratiques de travail. C’est pour étouffer la grogne que ce paiement vient d’être effectué.

Chantage du Professeur Ihou Wateba

Les agents désapprouvent le montant de ces primes et menacent de quitter « le front ». «C’est scandaleux qu’on vienne nous remettre ces miettes alors que nous risquons nos vies et celles de nos familles », ajoute un autre agent.

Pour désamorcer la grogne et la grève en perspective, le Professeur Ihou Wateba, responsable de la prise charge des malades du Covid-19 fait du chantage aux agents. Il invite les agents en désaccord à démissionner. “Une liste est ouverte pour accueillir des candidats”, écrit-il

“Il m’a été donné d’apprendre que certains d’entre vous planifient des mouvements de nature à saper la sérénité et le sérieux du travail que nous nous tuons à faire. Je voudrais vous rappeler qu’il n’y a aucune obligation pour qui que ce soit de travailler dans le centre, et ceux qui pensent qu’ils sont plus importants et méritent mieux que les gratifications que nous avons négociées et obtenues sont inférieures à leur vraie valeur ne sont pas obligés de poursuivre la mission encore mieux de semer du désordre”, s’adresse-t-il aux agents.

Et sur un ton de chantage, il ajoute: “A cet effet, une liste est ouverte chez le Dr Kotosso demain mercredi à vendredi pour recueillir les noms de ceux qui sont intéressés à travailler avec nous au CHR Lomé Commune. Les gens à problèmes sont priés de s’abtenir”.

Cas du Ghana : Prime de 15000 par jour et police d’assurance-vie pour les agents

Par contre, au Ghana, par comparaison la prime est de 15.000 CFA par jour. Et pour encourager les agents  à rester sur le front, l’Etat ghanéen a souscrit à une police d’assurance-vie pour tous les agents engagés sur le front de la lutte contre le covid-19.

Il est vrai qu’au Ghana, la lutte contre le coronavirus est prise très au sérieux par les dirigeants, autrement plus consciencieux.

C’est le moment pour eux de refuser de monter au front, tant qu’ils n’auront pas de protection digne de ce nom et une amélioration salariale correcte ; surtout un plan d’assurance ou de soutien de leurs proches en cas de décès“, dit un médecin joint au téléphone par notre rédaction.

Le CHR Lomé Commune est dirigé par un médecin militaire, le Colonel Tchamdja.

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A propos Komi Dovlovi 964 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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