Togo: Six partis politiques tentent un nouveau regroupement

Six partis politiques lancent un nouveau regroupement visiblement opposé au CAP 2015 mais en vue d’une recomposition de la scène politique au Togo. 

L’Alliance des Démocrates pour le développement Intégral (ADDI), Les Forces Démocratiques pour la République (FDR), Le Togo Autrement, Les Démocrates, Le Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD) et Le Parti des Togolais, ensemble au sein d’un regroupement anonyme.

Un regroupement de minoritaires, c’est comme cela qu’on peut appeler  le rassemblement de partis politiques annoncé ce 9 janvier à l’hôtel Ibis de Lomé.

Non seulement le regroupement est anonyme mais il n’a ni bureau ni leader d’après Fulbert Atisso.  C’est dire que les nouveaux alliés se sont mis ensemble sur un minimum syndical : un assemblage hétéroclite sans leader mais dans lequel chacun reste chef chez soi.

Partis politiques minoritaires

Dans ce regroupement d’éléments minoritaires  sur l’échiquier politique, l’ADDI est le plus connu. Dirigé par l’économiste et universitaire Aimé Tchaboré Gogué, l’ADDI a une  forte implantation dans la région de la Savane et dispose de trois sièges à l’Assemblée nationale.

Ex allié de l’ANC avec qui il formait un groupe parlementaire, l’ADDI s’est défait de cette alliance au moment de la présidentielle d’avril 2015 pour des raisons non seulement de stratégie mais aussi de contestation profonde du leadership de Jean-Pierre Fabre, jugé peu efficace.

Les autres sont des partis extraparlementaires, exception faite des FDR, disposant d’un siège au parlement.

Autre caractéristique de ce regroupement, la présence de voix fortes voire tonitruantes de la scène à l’instar du Parti des Togolais et de Togo Autrement connus pour leur force de proposition.

Changer le rapport de force

Le regroupement arrive dans un contexte où le théâtre politique est marqué par une domination outrageuse d’un seul acteur, le parti UNIR au pouvoir, et la relégation à la périphérie au rôle de faire-valoir du CAP 2015, regroupement de parti de certains partis de l’opposition.

L’objectif de ce regroupement est donc évidemment de constituer une alternative plus  crédible au pouvoir en place, par opposition au CAP 2015 dont l’efficacité est mise en doute depuis la présidentielle d’avril 2015.

Le CAP 2015 est en voie d’émasculation depuis la présidentielle d’avril 2015 qui a connu la défaite de son candidat, Jean-Pierre Fabre de l’Alliance nationale pour le changement (ANC).

En outre, ce regroupement arrive également dans un contexte de délitement de l’opposition marqué par des divisions et de multiples recompositions à désorienter les militants.

Exemple: les FDR, nouveau né des partis sur une scène qui en compte une centaine, est issu des querelles de leadership au CAR. L’ex-président, M. Yaovi Agboyibo, 74 ans, tente de reprendre les rênes du parti, cantonné aujourd’hui dans le sud-est maritime.

Le Togo est dirigé depuis 1967 par la même famille, les Gnassingbé, le même parti, le RPT et son avatar, UNIR, reposant sur une béquille, les Forces armées togolaises.

Le pouvoir de Faure Gnassingbé repose sur une mainmise sur l’Administration, le pouvoir judiciaire et une chambre d’enregistrement appelée Assemblée nationale. Le pouvoir s’oppose à toute réforme devant changer le cours du système politique inique et pseudo-démocratique mis en place par la force.

Autre phénomène inquiétant: l’embrigandement de l’élite intellectuelle par le parti au pouvoir. Les élites déçues par l’absence de perspective d’un changement dans un avenir proche, s’allient de plus en plus au pouvoir, laissant de plus en plus le champ à l’établissement d’un parti unique au Togo et à la disparition de toute opposition, y compris celle des leaders d’opinion.

Le nouveau regroupement, s’il peut apparaître comme un éniéme rassemblement, vu sa composition, ne manque pas de lancer le débat sur la nécessité d’une renaissance de l’opposition face à un pouvoir cinquatenaire.

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A propos Komi Dovlovi 799 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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