Quand Zeus rend fou Yahya Jammeh pour le perdre

Zeus rend fous ceux qu’il veut perdre. Les décisions prises en l’espace d’une semaine par le président gambien, sciemment ou inconsciemment, le poussent inexorablement au bord du précipice.

La reconnaissance par Yahya Jammeh de sa défaite au scrutin présidentiel du 1er décembre, son appel téléphonique pour féliciter son challenger, l’allégresse populaire dans les rues de Banjul, la transition pacifique annoncée, tout ce scénario digne d’Alice aux pays des merveilles, était trop beau pour être vrai. Impossible à soumettre au magistère de la raison.

Car la logique voudrait qu’un despote africain, organisateur d’une élection présidentielle, ne perde en aucun cas, qu’il fraude proprement au vu et au su de tous, avec la bénédiction des observateurs de l’Union Africaine, et, cerise sur le gâteau, qu’il réprime dans le sang quelque mécontentement rebelle et en recevoir l’admiration du syndicat des chefs d’Etat du continent.

Mais lors d’un autre scénario défiant  « le bon sens », la victoire échappa à Jammeh et qui plus est ce dernier donna quitus à  son vainqueur et ce, dès le lendemain du scrutin.

Le revirement ce vendredi 9 décembre du même sergent-soldat Jammeh réclamant l’annulation du vote et l’organisation d’un nouveau scrutin, nous ramène à la réalité la plus triviale qui soit : un chef  africain  ne quitte jamais le pouvoir à la faveur des élections. Il le quitte en quatre planches les pieds droit devant ou tout simplement chassé par la rue ou par une rébellion armée.

C’est donc dans l’un de ses scénarii extrêmes que s’engage le sergent-président. Sauf que cette fois-ci, il risque d’en payer le prix fort. Car il est allé trop loin  dans ces facéties ubuesques. La Communauté internationale l’a bien compris en apportant tout son soutien au Sénégal lassé de continuer à tolérer l’insulte que constitue ce Dracula d’opérette installé dans son antre.

L’histoire retiendra que le « Professeur El Hadj Docteur Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Nasiru Den Jammeh », despote, président-guérisseur des maladies tropicales, vivant hors-sol et se croyant aimé de son peuple, a précipité sa propre chute en organisant un scrutin transparent.

Quelque soient les raisons avancées par les uns et les autres pour justifier son revirement- cette volonté avouée ou inavouée du vainqueur  non encore intronisé de réintégrer la Gambie à la CPI et au besoin d’y envoyer juger Jammeh, de faire l’audit de sa gestion- toutes ces raisons aussi vraisemblables qu’elles puissent être, n’excusent pas l’attitude abracadabrantesque du président gambien.

Après  22 ans de règne d’une main de fer, le président sortant aurait dû savoir que la justice des hommes le poursuivrait bon an mal an, d’une manière ou d’une autre. Dans ce cas, pour éviter une telle éventualité humiliante, il faut savoir quitter le pouvoir !

L’Afrique ne peut plus souffrir ce refus d’accountabilité pour ses dirigeants sous prétexte de sauvegarde de la démocratie. C’est plutôt l’injustice qui cause la déstabilisation de la démocratie.

 

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A propos Tony Feda 69 Articles
Journaliste indépendant. Ancien Fellow de l'Akademie Schloss Solitude (Stuttgart, Allemagne), Tony FEDA s’intéresse à la sociologie, la culture- ses domaines de prédilection sont la littérature et les arts de la scène du Togo. A travaillé pour plusieurs journaux dont Le Temps, Notre Librairie. www.culturessud.com. Depuis août 2018, s'inspirant de Robert Park et de Bourdieu, il entame sur son blog www.afrocites.wordpress.com des projets sur des thèmes concernant la ville.

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