RD Congo : la mission impossible d’Edem Kodjo

Edem Kodjo, ancien Premier ministre, ancien Secrétaire général de l’OUA (précurseur de l’Union Africaine) et membre du Comité des sages de l’UA est le médiateur désigné par l’organisation panafricaine pour faciliter le dialogue politique en République Démocratique du Congo (RDC). Depuis 6 mois, M. Kodjo tente vainement de faire accepter par les parties congolaises, le principe et les conditions du fameux dialogue, pourtant demandé par tous les protagonistes et exigé par la communauté internationale.

La semaine passée, le Rassemblement des forces acquises au changement, la coalition de l’opposition la plus représentative dirigée par l’inoxydable Etienne Tsisékédi (qui vient de faire son retour au pays après deux années en Belgique) a décidé de récuser le facilitateur de l’UA. Edem Kodjo est accusé d’être trop proche du président Kabila et de ne pas tenir compte des préoccupations des opposants au régime. L’intéressé voulait convoquer à partir du 30 octobre les travaux préparatoires du dialogue. La diatribe de l’opposition n’a pas rencontré l’adhésion de la majorité présidentielle et de la Présidente de la Commission de l’UA, laquelle a renouvelé sa confiance au facilitateur.

Les racines de la discorde

Beaucoup d’opposants au dialogue (celui convoqué par le président Kabila) dénient à Edem Kodjo la qualité de médiateur. Le groupe Dynamique de l’Opposition (constitué entre autres par l’UNC de Kamérhé et du MLC de Bemba) et le G7, formé par les partis qui ont quitté l’année dernière la majorité présidentielle et dont le leader est Moïse Katumbi, ne veulent pas participer à un dialogue dont le but est de fournir une « caution au glissement de Kabila ». Pour eux, Edem Kodjo aurait pour agenda secret de permettre au président Kabila, qui arrivera à la fin de son mandat en novembre prochain, de se maintenir à la tête de l’Etat, alors que son gouvernement n’a pu organiser les élections dans les « délais constitutionnels ».

Cette opposition qui a été rejointe par l’UDPS de Tsisékédi, naguère ouverte au dialogue avec le pouvoir exige la mise en place d’un « Comité international de facilitation », constitué entre autres par l’UE, les USA, l’OIF et les Etats-Unis. C’est à l’issue de cette revendication qu’un « Comité de soutien à la facilitation » a été créé pour « appuyer le médiateur Kodjo » dans sa mission.

Le profil et la méthode de Kodjo

Certains  Congolais n’hésitent pas à s’appuyer sur les origines de Kodjo pour remettre en cause sa capacité à aider à résoudre la crise politique au Congo. Ils font état de ce que ce dernier est Togolais, un pays qui n’est pas une référence sur le plan démocratique. Ensuite ils pointent du doigt le passé politique de M. Kodjo qu’un observateur de la situation sur place qualifie de « peu flatteur ». Mais rare sont ceux qui remettent en cause les capacités de diplomate du président de la Fondation Pax Africana, un think tank basé à Lomé que dirige Edem Kodjo depuis sa retraite politique.

La presse congolaise a relevé ces derniers temps quelques « ratés » dans l’approche du dialogue par Kodjo. Il s’agit notamment de la façon dont l’intéressé a été introduit auprès de la classe politique et surtout des différentes franges de l’opposition. « Il ne connait pas le Congo et le problème congolais », écrit un internaute sur un réseau social. Au début de sa mission, Kodjo avait affirmé dans une conférence de presse qu’il discuterait avec « ceux qui voudront ». Cette position a été mal interprétée par quelques acteurs, qui l’ont trouvée trop prétentieuse voire « dédaigneuse ». Une attitude qui n’aurait pas surpris un Togolais…

Ce qui fait la force du médiateur de l’UA après tout, c’est que presque personne n’envie sa position et toute la communauté internationale déclare le soutenir. Depuis quelques jours, il bénéficie du soutien de Denis Sassou Nguesso, le président du Congo Brazzaville, qui a entrepris de « faciliter la facilitation » en rencontrant les différents leaders de l’opposition pour les convaincre à participer au dialogue. Mais Sassou Nguesso ne semble pas aux yeux de certains, l’homme qu’il faut. Son récent « exploit » de traficotage constitutionnel et le traitement qu’il fait à ses opposants militent en sa défaveur. Mais Sassou semble le seul dirigeant de la sous-région qui puisse prétendre connaitre tous les frères ennemis congolais et le seul à même de peser sur le cours des choses à Kinshasa. L’avenir nous le dira.

De son côté, le pouvoir Kabila ne fait rien pour aider le facilitateur Kabila a redorer son blason. Dans une manifestation organisé à Kinshasa vendredi dernier, la mouvance présidentielle a réaffirmé son soutien à Edem Kodjo, tout en confirmant que sa mission consiste à mettre en oeuvre le dialogue convoqué par le chef de l’Etat.

Le mélodrame congolais, pour de nombreux observateurs, appelle des solutions improbable; et personne ne sait d’où viendra la potion magique pour sauver ce ‘’grand pays’’ africain aux prises avec ses démons politiques.

Joséphine Bawa

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