Présidentielle togolaise : Un scrutin à haut risque

Taffa Tabiou, le Président de la CENI togolaise

Beaucoup de choses ont été dites sur l’élection présidentielle que les Togolais s’apprêtent à vivre.  Une grande partie de la classe politique et des organisations de la société civile tout comme des représentants de la communauté internationale ont regretté le fait que la classe politique n’ait pas réalisé les réformes indispensables à la tenue d’une élection libre et démocratique…

Taffa Tabiou, le Président de la CENI n'a pas suffisamment de poigne pour être au-dessus de la mêlée.
Taffa Tabiou, le Président de la CENI n’a pas suffisamment de poigne pour être au-dessus de la mêlée.

A la suite de l’intervention de la Francophonie et de la CEDEAO, les autorités togolaises ont accepté de proroger de 10 jours la tenue du scrutin préalablement prévu au 15 Avril. C’est donc samedi prochain que les Togolais auront à voter pour désigner leur futur président. Face à Faure Gnassingbé du parti UNIR (ancien RPT), quatre candidats se revendiquent de l’opposition politique : le leader de l’ANC (chef de file de l’opposition) présenté par la Coalition CAP 2015, principal adversaire ; et trois autres candidats qui n’ont pas accepté de soutenir Jean Pierre Fabre, alors même qu’ils avaient cheminé avec lui quelques mois avant le début du processus électoral. C’est la manifestation du vieux conflit de leadership qui a déchiré l’opposition togolaise depuis plus de 20 ans.

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Ces agents sauront-ils maintenir l’ordre sans violer les droits humains?

Au-delà des résultats de cette élection, ce sont les conditions de déroulement des consultations qui semblent préoccuper les observateurs. Depuis l’ouverture politique au début des années 90, le pays a connu cinq élections présidentielles (1993, 1998, 2003, 2005 et 2010) qui s’étaient soldées par des actes de violences, avec des centaines de morts et de blessés et des milliers de déplacés.

Violences inéluctables ?

La violence est prévisible dans ce scrutin, au regard de l’attitude des deux principales forces en présence. D’un côté, UNIR n’envisage en aucun cas de perdre cette élection. Le parti s’inscrit dans la vieille tradition des partis-Etat dont la prédominance doit s’imposer à toute autre logique. Il tire son assurance de la fidélité des forces de défense et de sécurité. Son candidat fait pourtant campagne sous le thème du changement, le référentiel étant le Togo où tout serait à refaire.

De l’autre côté, la coalition CAP 2015 n’entend en aucun cas concéder de défaite à ce scrutin. Son raisonnement est simple : cette opposition se croit suffisamment populaire et mise sur la population pour défendre sa victoire, laquelle semble également acquise avant le vote. Déjà en 2010, en dépit de toutes les anomalies dénoncées, Jean-Pierre Fabre s’était déclaré vainqueur de la présidentielle à un tour et avait passé plus de trois années à contester la victoire de Gnassingbé fils.

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C’est fort de ces logiques contradictoires que les deux camps se sont pressés d’admettre leur satisfaction du fichier électoral, après les opérations dé dédoublonnage par les experts de la Francophonie. Pour UNIR comme pour CAP 2015, le vote ne semble être qu’un prétexte pour clamer un résultat qu’on croit mériter à l’avance.

Quitte ou double

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Jean-Pierre Fabre joue son va-tout dans cette élection.

C’est de loin le scrutin le plus risqué que le Togo va vivre après celui de 2005 qui s’était soldé par plus de 500 morts, selon les Nations Unies. Il faut reconnaitre que la stratégie de Jean Pierre Fabre quoique risquée ne manque pas de sérieux. Il s’agit de prendre le pouvoir à son propre jeu et pousser l’adversaire à l’erreur. ANC et CAP 2015 misent sur un environnement visiblement favorable à plusieurs égards : le soulèvement populaire au Burkina Faso ayant fait abdiquer le président Blaise Compaoré, la victoire de l’opposition unie au Nigéria et la Cour pénale internationale qui serait prête à châtier toute violation massive des droits humains au Togo.

Les dernières mesures prises par le gouvernement pour la sécurité des élections démontrent que le pouvoir sortant est conscient de ces donnes. Les risques sont grands et les violences pourrait embraser toutes les régions du pays, à commencer par la capitale acquise à l’opposant Fabre. Personne ne semble en mesure d’exorciser ces démons, à moins d’une semaine de la date fatidique.

Pour le moment la campagne se déroule presque sans accroc. Le déroulement du vote, la proclamation des résultats et la gestion du contentieux  sont les étapes qu’il faudra surveiller à la loupe.

K. Agboglati

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