Jean-Pierre Fabre veut rencontrer Faure Gnassingbe

Dans un courrier au chef de l’Etat, le leader de l’ANC, JP Fabre, demande le report de la mise en place de la commission de réflexion sur les réformes.

Se prévalant de son statut de chef de file de l’opposition, le président national de l’ANC, Jean-Pierre Fabre, demande à rencontrer Faure Gnassingbé en vue de discuter sur les réformes constitutions et institutionnelles.

En attendant cette rencontre, « le chef de file de l’opposition » demande au chef de l’Etat de « reporter la mise en place de la Commission nationale de réflexion sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles et de rechercher avec l’opposition, les voies d’un dialogue pour mettre en œuvre l’APG ».

Jean-Pierre Fabre a d’entrée de jeu accusé le pouvoir  d’une volonté manifeste de saboter le processus des réformes en installant la Commission nationale 11 ans après la signature de l’APG, en août 2006.

Un dilatoire  qui « constitue donc un reniement du propre engagement [du chef de l’Etat]  et illustre le refus du pouvoir en place de contribuer en toute responsabilité, à la résolution juste et durable de la crise togolaise. »

Verrouillage des institutions

Dans sa lettre, le Président national de l’ANC a égrené un chapelet d’exemples symboliques du verrouillage systématique des institutions par le parti « RPT-UNIR » en vue d’une conservation du pouvoir ad vitam aeternam.

« L’une des conséquences majeures de cette situation est la paralysie et le mauvais fonctionnement de toutes les institutions de la République, en particulier celles qui sont impliquées dans les processus électoraux », souligne M. Jean-Pierre Fabre.

Il cite en exemple la Cour Constitutionnelle, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (HAAC), directement impliquées dans l’organisation et la proclamation des résultats des élections. Des institutions dominées outrageusement par des hommes à la solde du pouvoir.

« La Cour des comptes, le HCRRUN, l’armée, la police, la gendarmerie, la justice, etc., sont à la solde du régime qui les instrumentalise d’autant plus aisément que les recrutements et nominations sont adossés à des critères foncièrement tribalistes », note toujours Jean-Pierre Fabre

Même la Commissionnationale de réflexion sur les réformes, récemment installée, n’échappe pas à cette composition partisane favorable au pouvoir en place.

Ce qui fait dire au leader de l’ANC, empruntant le mot à Kofi Yamgnane, que l’ethnocrature est l’ADN du régime de Faure Gnassingbé. Grosso modo une KozahNostra dangereuse pour l’établissement d’une République démocratique et qu’il faut éradiquer le plus tôt possible.

Le dysfonctionnement de toutes les institutions au Togo est donc patent et fait de notre pays un Etat atypique qu’il est impératif de ramener à des normes et standards acceptables, notamment au travers des réformes en profondeur, soutient « le chef de file de l’opposition ».

En réalité, il s’agit d’un coup d’Etat permanent.

La course à l’échalote ?

La lettre de Jean-Pierre Fabre à Faure Gnassingbe intervient seulement quelques jours après la rentrée politique de son parti, le 10 janvier dernier. Une rentrée au cours de laquelle,  l’ANC a exigé «  le dédommagement des commerçants et la libération des détenusdans l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé » et a très peu parlé de réformes.

Ce courrier adressé au chef de l’Etat intervient opportunément après la création le 9 janvier d’un regroupement de six partis politiques fort justement constitués pour revendiquer l’application des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Un regroupement de l’opposition visiblement antagonique au CAP 2015 cornaqué par l’ANC.

En se prévalant de son statut de chef de file de l’opposition dans son message au président de la République, et en répétant à l’envie ce titre, ce qui en fait le mot de trop, Jean-Pierre Fabre  se pose en monopole de l’opposition face au pouvoir en place.

Contrairement à ce qu’il annonce, ce courrier est plutôt adressé à ses adversaires au sein de l’opposition pour leur signifier qui est le chef.

C’est donc assurément la course à l’échalote qui continue, la surenchère des querelles byzantines pour des questions de leadership alors que les réformes sont urgentes.

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A propos Omaboe Akpovi 937 Articles
Journaliste Reporter, 7 ans d'expérience. Couvre l'actualité nationale et les reportages sociaux, culturels, ainsi que les événements de la la société civile. Passionné de lecture et des médias sociaux.

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