Le 16 septembre, l’agence américaine de financement du développement (DFC) a approuvé un investissement jusqu’à 414,2 millions de dollars pour la mine d’uranium de Dasa, portée par le canadien Global Atomic. Beaucoup y ont vu le signe d’un retour américain sur les décombres de l’influence française au Niger. Le tableau est en réalité plus large car au moment même où Niamey courtise les capitaux américains pour sa mine principale, elle approfondit sur son propre sol sa coopération sécuritaire avec la Russie.
Le conseil d’administration de la DFC a approuvé, le 16 septembre, une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet Dasa, dans la région d’Agadez. Global Atomic a précisé deux jours plus tard la structure de ce financement avec jusqu’à 397,4 millions de dollars de prêt principal et 16,8 millions pour couvrir d’éventuels dépassements de coûts. Le coût total du projet atteint désormais environ 777 millions de dollars, dont plus de 228 millions avaient déjà été investis à la fin juin. La production commerciale est visée pour le second semestre 2028.
Une facilité conditionnelle, pas un chèque en blanc
L’entreprise reste maîtresse du jeu et Global Atomic détient 80 % de la Société minière de Dasa (SOMIDA), l’État nigérien les 20 % restants. Le gisement, présenté comme le plus riche d’Afrique en teneur d’uranium, pourrait produire environ 68,1 millions de livres d’U3O8 sur vingt-trois ans.
Rien n’est acquis pour autant. La DFC conditionne le décaissement à une prolongation de la convention et du permis miniers, puis un accord direct avec le gouvernement nigérien, et surtout la preuve d’une voie d’exportation viable pour le yellowcake produit sur place. Aucun accord de fourniture d’uranium n’est lié à ce prêt et Washington finance une mise en production, pas un approvisionnement garanti.
Une stratégie minérale plus ancienne
Seulement 7 % de l’uranium livré aux exploitants américains de centrales nucléaires provenait, en 2025, de production domestique ; le Canada en fournissait 32 %, le Kazakhstan 28 %, l’Australie 15 %. L’uranium a rejoint cette année-là la liste américaine des minéraux critiques, tandis que Washington cherchait à réduire la place de la Russie dans sa chaîne du combustible nucléaire.
Selon des sources citées par Reuters, l’ambassadeur américain a personnellement plaidé pour un rapprochement avec Niamey, et le projet Dasa a été identifié comme une occasion de sécuriser l’accès à une ressource jugée stratégique plutôt que de la voir échapper à l’orbite occidentale. Le directeur général de Global Atomic, Stephen Roman, s’est rendu à Washington cet été pour lever les derniers obstacles à l’approbation. À la Bourse de Toronto, le titre a bondi de 45 % le jour de l’annonce.
Le retrait d’Orano n’a pas fermé la porte aux capitaux étrangers
Le contexte nigérien explique aussi pourquoi ce dossier est scruté de si près. En juin 2025, Niamey a nationalisé la Somaïr, dont le français Orano détenait jusque-là 63 %. Le permis du gigantesque gisement d’Imouraren avait déjà été retiré un an plus tôt. Orano conteste ces décisions et a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’État nigérien.
Le dossier Dasa montre que cette rupture avec la France ne s’est pas traduite par une fermeture générale du secteur. Lors d’une rencontre avec le président Abdourahamane Tiani en mai, Global Atomic indiquait employer plus de 700 personnes sur le site, dont environ 95 % de Nigériens ; le chef de la junte avait alors promis son soutien pour accélérer la mise en production.
Le même Niamey qui signe avec Washington accueille l’Africa Corps
Depuis avril 2024, une centaine d’instructeurs russes de l’Africa Corps sont présents au Niger, où ils ont notamment installé des systèmes de défense antiaérienne. Le général Tiani a échangé à plusieurs reprises par téléphone avec Vladimir Poutine sur la coopération sécuritaire, et des informations font état d’un projet de base militaire permanente de l’Africa Corps sur le sol nigérien.
Le même gouvernement qui négocie avec une institution financière fédérale américaine pour sa ressource la plus stratégique s’appuie, pour sa sécurité, sur un partenaire militaire que Washington considère comme un rival direct sur le continent. Niamey ne remplace pas un parrain par un autre ; elle en accumule plusieurs, chacun cantonné à un registre différent, le capital côté américain, les armes côté russe.
L’Algérie, nouvelle route du yellowcake ?
Reste la question la plus concrète pour Global Atomic de savoir comment sortir le minerai du pays. L’uranium nigérien empruntait traditionnellement le corridor béninois jusqu’au port de Cotonou. Les tensions entre Niamey et Porto-Novo ont perturbé cet axe, poussant l’entreprise à explorer d’autres itinéraires pour acheminer son matériel de chantier.
Une route vers le nord, à travers le Sahara algérien, fait partie des pistes étudiées, alors que les relations entre Alger et Niamey se sont resserrées ces derniers mois. Global Atomic évoquait déjà, au deuxième trimestre, un accord de coopération algéro-nigérien portant sur un corridor commercial reliant le Niger à la Méditerranée.
Reste maintenant à la junte à maintenir ce savant équilibre.
Ali Attar, afrik.com
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