Après deux années consacrées à revoir la gouvernance des hydrocarbures, Dakar cherche désormais à transformer ses ressources en levier de souveraineté économique, tout en préservant l’accès aux capitaux indispensables à leur développement.
Le Sénégal va mettre sur le marché 109 blocs pétroliers et gaziers lors d’un roadshow destiné aux investisseurs locaux et étrangers. L’annonce faite le mercredi 9 septembre par le ministre de l’Énergie, El Hadji Abdourahmane Diouf, tombe alors que Dakar cherche à revoir le cadre dans lequel ses ressources sont exploitées.
L’opération concerne presque tout le portefeuille disponible. Sur les 113 blocs que compte le pays, seuls quatre sont actuellement sous contrat. Pour les autorités, leur mise en valeur doit notamment favoriser l’émergence de leaders locaux dans les secteurs de l’énergie, du pétrole et du gaz.
Cette ouverture intervient après l’audit annoncé par le nouvel exécutif en 2024 sur les contrats miniers, pétroliers et gaziers. Le gouvernement voulait évaluer les accords conclus avec les groupes étrangers au regard de l’ « intérêt national » et identifier les ajustements nécessaires. Les futurs permis constituent désormais le principal espace où cette orientation pourra être appliquée dès la négociation initiale.
Le précédent de Sangomar et GTA
La question s’est d’abord posée sur les deux principaux projets de la jeune industrie pétro-gazière sénégalaise. Woodside exploite Sangomar, premier projet ayant fait entrer le pays dans le cercle des producteurs de pétrole en juin 2024. Le champ vise environ 100 000 barils par jour. BP pilote de son côté le projet de liquéfaction de gaz Greater Tortue Ahmeyim (GTA), développé avec la Mauritanie. Sa première phase a démarré en 2025 avec une capacité d’environ 2,3 millions de tonnes de GNL par an, appelée à dépasser 10 millions de tonnes avec les phases suivantes.
En mai, Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz, indiquait que Dakar n’excluait aucune option, y compris un recours à l’arbitrage international, dans les discussions avec BP et Woodside. Plus tôt, en mars, le Premier ministre d’alors, Ousmane Sonko avait déclaré que le Sénégal ne voulait plus « signer des concessions » avant de se donner rendez-vous 25 ans plus tard.
Les autorités jugent notamment que des contrats pouvant courir sur 30 à 50 ans ne correspondent plus suffisamment aux enjeux économiques actuels. Elles soulignent également les coûts environnementaux et sociaux de l’exploitation offshore, notamment pour la pêche, qui fait vivre entre 600 000 et 700 000 Sénégalais. Pour les permis encore libres, Dakar pourra fixer les règles avant l’arrivée des opérateurs. Cette différence est déterminante. Le gouvernement n’aura pas à intervenir sur des accords déjà conclus et pourra intégrer en amont ses exigences en matière de retombées économiques et de contenu local.
L’équation des capitaux
Cette orientation ne signifie pas que Dakar entend se passer des compagnies internationales. Le roadshow leur est également destiné. L’objectif est de faire davantage de place aux entreprises sénégalaises sans renoncer aux capitaux et aux compétences nécessaires à l’exploration et au développement des projets.
Cette équation se pose dans un contexte financier contraint, avec la dette publique, qui est devenue difficilement soutenable. Dakar privilégie un « reprofilage » consistant à allonger certaines maturités et à renégocier les taux d’intérêt, plutôt qu’une restructuration formelle.
Quelques jours avant l’annonce sur les permis, le gouvernement avait conclu avec le FMI un accord au niveau des services portant sur un programme de financement de 2,2 milliards USD sur trois ans. Les nouveaux permis ne sont pas présentés comme une réponse directe à la situation budgétaire. Leur ouverture intervient néanmoins alors que l’État doit à la fois développer son industrie pétro-gazière et en tirer davantage de bénéfices.
Le principal enjeu sera de concilier les exigences du gouvernement avec les conditions financières nécessaires au lancement des projets. Le roadshow donnera surtout à Dakar l’occasion de confronter sa nouvelle doctrine aux exigences du marché. Les offres qui en découleront permettront de voir si le cadre défini par le gouvernement est suffisamment clair et attractif pour déclencher de nouveaux investissements dans l’exploration pétro-gazière sénégalaise.
Olivier de Souza (Agence Ecofin)
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