RDC : la C64 joue la carte du dialogue… mais garde la rue en réserve

La tension politique retombe d’un cran en République démocratique du Congo, sans pour autant disparaître. Alors que Kinshasa se préparait à vivre une journée à haut risque le 22 juillet avec deux manifestations concurrentes annoncées par la coalition d’opposition C64 et la plateforme présidentielle Union sacrée, la Coalition Article 64 a finalement décidé de reporter sa mobilisation. Ce geste, présenté comme une ouverture en faveur du dialogue, est accompagné d’un avertissement clair : le pouvoir dispose désormais de moins d’un mois pour transformer ses promesses en actes.

Réunis à Kinshasa, les cinq principaux leaders de la coalition – Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga – ont officialisé, lundi 20 juillet, le report de la marche qui devait conduire leurs militants jusqu’au Palais de la Nation pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive constitutionnelle du régime de Félix Tshisekedi.

Un geste d’apaisement après la médiation des Églises

Cette décision fait suite à plusieurs jours d’intenses consultations menées par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC). À l’issue de leur rencontre avec le Président Tsisekedi, le 17 juillet, les deux principales confessions religieuses du pays avaient reçu pour mission de favoriser un dialogue politique inclusif.

Dès le lendemain, le cardinal Fridolin Ambongo et le révérend André Bokundoa avaient rencontré les responsables de la C64 pour leur demander de donner une chance à cette initiative. La coalition affirme avoir entendu cet appel. Dans son communiqué, elle explique vouloir faire preuve de responsabilité afin de favoriser un climat propice aux discussions nationales. Mais elle insiste sur un point : le report de la marche ne signifie ni un recul politique ni un abandon de ses revendications.

Le dialogue oui, mais avec des garanties

Depuis plusieurs semaines, la C64 réclame l’ouverture d’un véritable dialogue national pour traiter les multiples crises qui secouent le pays. À ses yeux, les discussions ne peuvent se limiter à la seule question institutionnelle. L’opposition souhaite que les futures assises abordent également la guerre persistante dans l’est de la RDC, les problèmes de gouvernance, les difficultés économiques, la réunification effective du territoire ainsi que les réformes destinées à consolider durablement la paix.

Les dirigeants de la coalition exigent également des mesures de décrispation politique susceptibles de restaurer la confiance entre les différentes parties avant le lancement des négociations. Malgré cette ouverture, la C64 maintient son opposition catégorique à toute réforme constitutionnelle pouvant, selon elle, remettre en cause la limitation du nombre de mandats présidentiels. Les leaders de l’opposition rappellent que les articles 70 et 220 de la Constitution congolaise encadrent strictement cette question et affirment qu’aucun dialogue ne saurait servir de prétexte à une révision de ces dispositions. Ils mettent également en garde contre toute initiative législative allant dans le sens d’un référendum constitutionnel. Selon eux, une telle démarche compromettrait immédiatement le processus de médiation engagé par les Églises.

Un ultimatum jusqu’au 15 août

La véritable nouveauté du communiqué réside dans le calendrier imposé au pouvoir. La coalition donne jusqu’au 15 août 2026 au Président Félix Tshisekedi pour convoquer officiellement le dialogue national annoncé après sa rencontre avec la CENCO et l’ECC. Faute d’actes concrets avant cette échéance, la C64 affirme qu’elle tirera « toutes les conséquences politiques » de cette situation et se réserve le droit de relancer des actions citoyennes pacifiques sur toute l’étendue du territoire. En attendant, ses responsables annoncent maintenir leurs structures politiques, tant en RDC qu’au sein de la diaspora, en état de « mobilisation et d’alerte maximale ».

Dans tous les cas, le report de la marche éloigne, au moins provisoirement, le risque d’une confrontation entre militants de l’opposition et partisans de l’Union sacrée, qui avaient également annoncé des rassemblements le 22 juillet. Pour autant, la crise politique est loin d’être résolue. Le succès de la médiation engagée par les Églises dépendra désormais de la rapidité avec laquelle la présidence précisera les contours du dialogue promis : calendrier, participants, garanties d’inclusivité et ordre du jour.

Serge Ouitona, afrik.com


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A propos Colombo KPAKPABIA 1967 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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