Sénégal : dans l’entourage de Bassirou Diomaye Faye, des limogeages très politiques

Alors que la dernière interview du président sénégalais a replacé son conflit larvé avec Ousmane Sonko au cœur du débat politique, une série de limogeages sont interprétés comme une nouvelle illustration des tiraillements entre la coalition présidentielle et Pastef.

Les faits. Par un arrêté en date du 30 avril 2026, le président, Bassirou Diomaye Faye, a nommé l’avocat Abdoulaye Tine au poste de ministre-conseiller, porte-parole de la présidence de la République. Jusqu’ici coordinateur du think tank des cadres de la coalition Diomaye Président, celui-ci remplace Ousseynou Ly, un militant de la première heure au sein des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), le parti présidé par Ousmane Sonko.

Avant la victoire de Bassirou Diomay Faye à la présidentielle de mars 2024, Ousseynou Ly avait été un membre influent du secrétariat national à la communication du parti, chargé de l’image d’Ousmane Sonko, puis au service de la campagne présidentielle du candidat Bassirou Diomaye Faye. Abdoulaye Tine avait quant à lui envisagé de présenter sa candidature en tant que président d’un petit parti politique, l’Union sociale-libérale (USL), avant de rallier la coalition Diomaye Président avant le premier tour de l’élection.

Le contexte. Ce remaniement au sein de la communication présidentielle a été rendu public quarante-huit heures après la longue interview accordée à trois chaînes de télévision par le président sénégalais, le 2 mai. À cette occasion, Bassirou Diomaye Faye a exposé sans fard les tensions qui entachent depuis plusieurs mois sa relation avec son Premier ministre, Ousmane Sonko, n’hésitant pas à menacer celui-ci à mots couverts d’une possible destitution s’il ne bénéficiait plus à l’avenir de sa confiance.

Depuis le début d’avril, d’autres nominations décrétées par le chef de l’État ont également été interprétées comme une reprise en main du clan adverse. C’est le cas de Bassirou Kébé : limogé de son poste de directeur général de la Société nationale des HLM, il a vu Ousmane Sonko lui tendre la main en le nommant aussitôt secrétaire général adjoint de Pastef. Ancien coordinateur du mouvement de jeunesse de Pastef et actuel DG de la Société des mines du Sénégal (Somisen), Ngagne Demba Touré lui a rendu un vibrant hommage, le décrivant comme un homme « sincère, véridique et loyal au “Projet” […], incarnation du prototype de militant patriote ».

Dans le même temps, le remplacement par Youssouph Tine du directeur général de la Santé, le Pr Ousmane Cissé, proche du Premier ministre, a également provoqué des remous au sein du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.

Ce que ça change. Le remplacement d’Ousseynou Ly, un fidèle lieutenant d’Ousmane Sonko, par un cadre de la coalition présidentielle témoigne d’une volonté de reprise en main de la communication du chef de l’État par une personne de confiance extérieure au parti dont celui-ci est pourtant issu. Un processus qui ne fait qu’accentuer une tendance perceptible depuis plusieurs mois : dans le cadre du duel qui oppose ouvertement Pastef à la coalition Diomaye Président, les principaux porte-voix sur lesquels s’appuie Bassirou Diomaye Faye sont des alliés extérieurs à son propre parti, comme l’ex-Première ministre de Macky Sall, Aminata Touré (dont la nomination à la tête de cette coalition présidentielle avait été le déclencheur de l’affrontement larvé entre les deux camps), ou le ministre de l’Environnement, Abdourahmane Diouf, du parti Awalé, qui a récemment stigmatisé Pastef en tant que « parti-État ».

Les réactions. « Mon engagement et ma fidélité au projet de transformation porté par Pastef sous le leadership du président Ousmane Sonko restent intacts. Ce projet, qui incarne l’espoir et l’ambition d’un Sénégal souverain, juste et prospère continue d’être la boussole qui guide notre action », a fait savoir Ousseynou Ly au lendemain de son limogeage, réitérant son allégeance à Ousmane Sonko.

Chien de garde assumé de ce dernier, Waly Diouf Bodiang, le directeur général du Port autonome de Dakar, a adressé le 5 mai une réplique cinglante au camp Diomaye, laquelle semble viser – sans le nommer – Abdourahmane Diouf : « Il n’appartient pas à une bactérie politique de déterminer comment doit évoluer constitutionnellement l’exécutif », a-t-il lancé.

L’analyse. Par touches successives, le conflit entre les deux têtes de l’exécutif en vient à saturer l’espace public, donnant à voir un bras de fer quotidien entre leurs mouvements de soutien respectifs. Samedi 9 mai, le prochain épisode de cette lutte fratricide au sommet du pouvoir pourrait bien se dérouler à Mbour, où doit avoir lieu un grand meeting organisé par la coalition Diomaye Président, et non par Pastef.

Jeune Afrique


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A propos Colombo KPAKPABIA 1738 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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