L’ancien chef du gouvernement, Ouhoumoudou Mahamadou figure sur une liste de trois personnalités sanctionnées pour « actes terroristes ». Une mesure qui intervient dans un contexte de tensions persistantes autour du sort de l’ancien président, toujours en détention.
Les faits. Par une note datée du 9 avril et adressée aux représentations diplomatiques et consulaires du Niger à l’étranger, le ministère nigérien des Affaires étrangères annonce l’inscription de plusieurs proches de l’ex-président Mohamed Bazoum sur une liste de personnes impliquées dans des « actes terroristes ».
Ouhoumoudou Mahamadou, son dernier Premier ministre, est poursuivi pour « crime de trahison et complot contre la sûreté de l’État », tandis que Yaya Djibo, qui fut membre du cabinet du président déchu, est accusé de « production et diffusion de données de nature à troubler l’ordre public, diffamation, injures par un moyen de communication électronique et apologie du terrorisme ». Une troisième personnalité, Aminata Boureima Takoubakoye, qui fut ministre de la Communication de la junte militaire dirigée par Salou Djibo (2010-2011), est poursuivie pour des chefs d’accusation similaires, à l’exception de celui d’apologie du terrorisme. Tous trois vivent actuellement en exil.
Cette inscription entraîne, conformément à une ordonnance du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) adoptée le 27 août 2024, une série de mesures restrictives : gel des avoirs, interdiction de déplacement sur le territoire sans autorisation préalable, interdiction de voyage à l’étranger et encadrement strict des transactions commerciales, les opérateurs économiques étant tenus de signaler toute interaction avec les personnes visées.
Le contexte. Selon le document du 9 avril, ces dispositions sont appliquées après une mesure prise le 2 avril dernier, date qui marque officiellement la fin du mandat de Mohamed Bazoum, toujours en détention depuis le coup d’Etat mené le 26 juillet 2023 par Abdourahmane Tiani, et qui n’a jamais formellement démissionné.
À la veille de cette échéance, le chef de la junte avait signé un décret prononçant la déchéance provisoire de nationalité d’Aminata Boureima Takoubakoye, ancienne directrice de l’Institut de la statistique du Niger et de Yaya Djibo.
Très actif sur les réseaux sociaux, Yaya Djibo s’est illustré par ses critiques répétées contre les autorités de Niamey et les régimes militaires sahéliens, relayant notamment les prises de position de Hamid N’gadé, ancien chargé de la communication de Mohamed Bazoum, engagé depuis le 7 avril dans l’Alliance des démocrates du Sahel, une initiative de ressortissants maliens, burkinabè et nigériens qui s’opposent aux juntes de l’AES.
De son côté, Aminata Boureima Takoubakoye a multiplié les attaques contre les militaires au pouvoir. « Le CNSP qui vous garde en otage n’a aucune réalisation à présenter aux Nigériens. Ils ne peuvent même plus vendre l’espoir d’un lendemain meilleur. Pour cela, il ne leur reste que les mensonges et la haine à transmettre », a-t-elle écrit sur Facebook, le 2 avril dernier, ironisant sur sa déchéance de nationalité : elle affirme avoir reçu « 753 demandes d’amitié sur les réseaux grâce à la publicité gratuite que m’offre Tiani ».
La déchéance de nationalité est une arme privilégiée du régime militaire pour cibler opposants et anciens dignitaires. Dès novembre 2024, plusieurs figures, dont Hassoumi Massaoudou, ex-ministre des affaires étrangères de Bazoum, et Alkache Alhada, ex-ministre du Commerce, avaient été déchus provisoirement de leur nationalité pour des faits présumés « d’attentats terroristes » ou « d’intelligence avec une puissance étrangère ».
Cette mesure avait également touché des responsables liés à des chefs de mouvements rebelles apparus après le putsch, parmi lesquelles Mahmoud Sallah et Moussa Sallah. Le premier a été arrêté dans le sud de la Libye en février 2025 par des forces affiliées à Khalifa Haftar, tandis que le groupe du second, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (MPLJ), a revendiqué plusieurs sabotages de l’oléoduc reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji.
Pourquoi c’est important. L’inscription d’Ouhoumoudou Mahamadou sur la liste des personnalités sanctionnées par la junte marque un tournant. Très présent dans les médias internationaux au lendemain du coup d’État pour dénoncer la prise de pouvoir militaire, l’ancien Premier ministre s’était, depuis, fait discret. « Il ne parle plus mais ses toutes premières réflexions assurant que le pouvoir actuel ne tiendra pas plus d’un mois, à cause des tensions de trésorerie, ont été très mal appréciées », confie un élu local. Sollicité par Jeune Afrique, l’intéressé n’a pas réagi.
Au-delà des cas individuels, cette décision pourrait préfigurer une nouvelle phase dans le traitement réservé à Mohamed Bazoum lui-même. Dès le 13 août 2023, la junte avait annoncé son intention de le poursuivre pour haute trahison : « Le gouvernement nigérien a réuni à ce jour [les] preuves pour poursuivre devant les instances nationales et internationales compétentes le président déchu et ses complices locaux et étrangers pour haute trahison et atteinte à la sûreté intérieure et extérieure du Niger », affirmaient alors les militaires.
Un an plus tard, en juin 2024, la Cour d’État du Niger, organe créé par la junte, a levé l’immunité du président déchu. Depuis, aucune procédure n’a véritablement abouti. Mais les charges désormais retenues contre l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, qui était très proche du prédécesseur de Bazoum, Mahamadou Issoufou, dont il a été le directeur de cabinet, témoignent d’une volonté plus affirmée de poursuivre les anciens hauts responsables.
Aucune communication n’a été faite par la justice nigérienne sur d’éventuelles poursuites contre l’ancien chef du gouvernement. La note de la diplomatie nigérienne est le seul document officiel évoquant les accusations à son encontre.
Jeune Afrique
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