Le président de la Cour Constitutionnelle Aboudou Assouma recadré par l’opposition

Aboudou Assouma, président de la Cour Constitutionnelle
Aboudou Assouma, président de la Cour Constitutionnelle

La sortie médiatique du Président de la Cour Constitutionnelle, Aboudou Assouma, sur l’Accord politique global (APG), suscite des réactions au sein de l’opposition. Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a déclaré sa « surprise » quant à l’immixtion d’Aboudou Assouma dans un domaine qui ne fait pas partie de ses prérogatives.

Le président de la Cour constitutionnelle n’est habileté par aucun texte à déclarer d’office caduc un engagement souscrit par le gouvernement togolais, souligne le  communiqué du CAR.

Mais le CAR se rend bien compte des pressions qui sont exercées sur le président par les faucons de son camp, et en appelle donc au bon sens du chef de l’Etat qui a donné des garanties en ce qui concerne la mise en œuvre de l’APG et des recommandations de la CVJR. Le CAR rappelé que  le  » gouvernement a organisé à cet effet plusieurs dialogues », conclut le CAR.

L’Union Européenne, à l’instigation de laquelle a été signé l’APG, s’est immiscée dans le débat à travers un tweet de soutien aux réformes.

« Nous ne pensons pas que la question des réformes soit clôturée », a tweeté la Délégation de l’Union Européenne à Lomé. L’Union Européenne va plus loin exprimant plus clairement son point de vue sur la situation. La chancellerie estime que le Togo est en phase de transition et que cette dernière ne prendra fin qu’avec la mise en œuvre des réformes institutionnelle et constitutionnelle. Une déclaration qui intervient quelques jours après la rencontre périodique UE-Gouvernement le 2 octobre dernier.

 L’intrusion tonitruante d’Aboudou Assouma, qui n’ose plus occulter son côté d’activiste UNIR, a fait sortir de leurs gonds plusieurs responsables de l’opposition. Eric Dupuy, député ANC, peu surpris,  ironise en taxant M. Aboudou Assouma d’être un violateur de la Constitution.    » M. Aboudou Assouma a l’habitude de violer la Constitution », affirme le Secrétaire national de l’ANC à la communication, qui rappelle  l’affaire des 9 députés  ANC exclus de l’Assemblée nationale en 2010 et « des  nombreuses violations  qu’il a opérées sur la Constitution ».

Tout le CAR, l’ANC demande à Faure Gnassingbe de respecter ses engagements.

Nous demandons au chef de l’Etat d’appliquer son engagement en citant l’APG depuis 2006. Il lui appartient de respecter ses engagements avant toute élection. La CVJR mise en place par le chef de l’Etat a donné comme recommandation les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Il est temps que le chef de l’Etat respecte sa parole, indique M. Dupuy.

A son arrivée au pouvoir en 2005, suite aux violences avant, pendant, après la présidentielle controversée d’avril ayant fait 400 à 500 morts selon l’ONU,  le pouvoir de Faure Gnassingbé a signé en 2006, un Accord politique global (APG) avec  l’opposition. Selon cet accord, un régime transitionnel  devrait conduire  des réformes constitutionnelle et institutionnelle afin de débloquer les institutions à la merci du pouvoir militaro-civil établi depuis 1969.

Ce sont ces réformes que le Président de la Cour Constitutionnelle déclare caduques lors d’une interview au site officiel, Republicoftogo.

L’Accord politique global est caduque aujourd’hui. Ce n’est pas le pouvoir qui l’enterre. Il est tout simplement caduque. De 2006 à ce jour, beaucoup de pas ont été franchis. Le Togo dispose aujourd’hui d’une Assemblée nationale pluraliste et plurielle qui doit jouer pleinement son rôle. Le contexte dans lequel l’APG avait été signé n’est plus le même aujourd’hui ; cela doit être clair pour tous les acteurs politiques.

Le président de la Cour Constitutionnelle est un ancien membre du RPT. Mais sa sortie n’est donc pas gratuite. Il s’agit certainement d’apporter un appui à un Président qui serait prêt à céder aux pressions de l’UE et des églises chrétiennes du Togo.

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A propos Komi Dovlovi 833 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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