La journée du 15 septembre devait être celle d’une démonstration de force pacifique de l’opposition congolaise. Elle se transforme, au fil des heures, en une journée de tensions, de dispersions et d’interpellations.
Ce 15 septembre, à Kinshasa comme dans plusieurs provinces, la Coalition 64 (C64) a tenté de faire entendre son refus de toute modification de la Constitution et d’un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi. Dans plusieurs villes, les autorités ont répondu par un important dispositif sécuritaire.
À Kinshasa, la marche dégénère à Limete
La capitale reste le principal théâtre de la mobilisation. Après plusieurs heures d’attente, le cortège a finalement quitté la place de l’Échangeur de Limete en début d’après-midi, avec plusieurs centaines de personnes selon les premières estimations de médias locaux. Jen-Marc Kabund et Delly Sesanga figuraient parmi les responsables politiques présents.
La marche, encadrée par la police, devait rejoindre les abords du Palais du peuple. Mais l’itinéraire s’est rapidement transformé en parcours sous haute tension. À la 11e et à la 12e rue Limete, des militants de l’UDPS, notamment des éléments de la Force du progrès, ont érigé des barrières face aux manifestants. Des affrontements ont éclaté et la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Des blessés ont été signalés, sans bilan précis disponible à ce stade. Jean-Marc Kabund a finalement été escorté par des policiers alors que la situation devenait confuse.
Ces incidents ne sont pas sans précédent. En juin dernier, une précédente mobilisation de la C64 à Kinshasa avait déjà donné lieu à des violences. Un rapport de Justice et Paix Congo avait alors fait état de morts, de blessés et d’interpellations, tout en mettant en cause des membres de la Force du progrès.
Dans les provinces, la mobilisation largement contenue
La situation est encore plus difficile pour l’opposition à l’intérieur du pays. À Kananga, les militants venus de plusieurs partis de la C64 ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes au rond-point Notre-Dame. Plusieurs personnes, dont un cadre d’Ensemble pour la République, ont été interpellées.
À Mbandaka, la manifestation n’a pas pu démarrer. Une dizaine de personnes auraient été interpellées alors qu’elles tentaient de se rassembler. À Matadi, un important dispositif policier a empêché les manifestants de suivre l’itinéraire prévu. À Uvira, au moins quatre militants ont été arrêtés après la dispersion du rassemblement. Des situations similaires ont été rapportées à Bandundu, Kikwit, Kisangani et Lubumbashi.
Certaines interdictions ont été justifiées par les autorités par des raisons de sécurité. À Uvira, la mairie a notamment invoqué le contexte sanitaire lié à Ebola. La C64 conteste ces arguments et considère que les restrictions imposées à ses rassemblements relèvent essentiellement d’une décision politique.
La C64 avait annoncé cette mobilisation depuis plusieurs semaines, après avoir rejeté les consultations lancées par Félix Tshisekedi dans le cadre du dialogue national. La coalition réunit notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga.
Cette journée confirme la montée des tensions entre le pouvoir et une opposition qui dénonce toute perspective de révision constitutionnelle. Le bilan précis des incidents et des interpellations restait toutefois à établir en fin de journée
Serge Ouitona, afrik.com
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