HCTE: Qu’est-ce qui fait courir le ministre Dussey ?

Si elle était une fille facile, Robert Dussey l’aurait déjà séduite. Seulement, une bonne partie des togolais de l’étranger refuse ses yeux doux. Il insiste

Le Haut conseil des Togolais de l’extérieur (HCTE). C’est le nouveau produit de Robert Dussey après « Réussites diaspora ». Lancé le 15 juillet dernier par le ministre des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, le processus avance. Trop même. A tel point qu’il n’est pas sans se demander qu’est-ce qui le fait courir autant ?

Depuis le 15 juillet dernier, le HCTE est dans une nouvelle phase. Celle de l’élection de  77 délégués répartis en Europe (19 représentants), en Afrique (45 représentants), les Amériques (6 représentants) et en Asie-Océanie (7 représentants). « Le mode d’élection des délégués pays du HCTE, se caractérise entre autres, par un scrutin organisé en ligne, le principe prévoyant un seul vote possible pour chaque Togolais de l’extérieur, et ceci, seulement au titre de son pays de résidence, de sa résidence ou de sa circonscription électorale », précise Robert Dussey. « Des représentants d’associations et les individus âgés  d’au moins 21 ans peuvent déposer leurs candidatures en renseignant le formulaire de candidature disponible via la plateforme HCTE/onglet HCTE et en soumettant les éléments requis : une inscription préalable avec les pièces exigées, un curriculum vitae, une photo d’identité, une lettre de motivation et une lettre de recommandation », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur.

Du caillou dans la banane

Si l’idée semble séduire dans les milieux de la diaspora jugée proche du régime en place, elle heurte un mur du côté de celle taxée d’opposant. Ce sont les Togolais de la Belgique regroupés au sein de la Diaspora togolaise de Belgique (DTB) qui désapprouvent la nouvelle trouvaille de Robert Dussey. Ils soulèvent des manquements graves au projet dont ils voient une arnaque voire une supercherie de plus du pouvoir de Lomé. « Si l’initiative n’était pas une manœuvre malhabile pour distraire, diviser et manipuler la diaspora à des fins politiciennes, pourquoi le Ministère en charge de la diaspora a-t-il volontairement choisi d’écarter du processus (de conception et de mise en place du HCTE) les organisations de la diaspora ainsi que les organisations de la société civile (OSC) actives sur le sujet au Togo ? Faute de réponses adéquates à nos légitimes interrogations et dans le but de déjouer toute manœuvre visant à empêcher une participation sincère et active de la diaspora à l’œuvre de reconstruction (politique, économique et sociale) nationale », dénoncent-ils.

Pour parer à cela, la DTB a lancé un appel à «  la diaspora togolaise de par le monde à ne pas souscrire à la mise en place du HCTE tel qu’il a été conçu par le Ministre Dussey » afin, disent-ils «  d’éviter de livrer notre diaspora à la division et aux manipulations politiciennes ». Un appel qui trouve d’ores et déjà un écho favorable. Sur les réseaux sociaux, un communiqué des Togolais des Etats-Unis circule et qui appelle au boycott de HCTE. Selon eux, l’idée originelle a futé et Robert Dussey se l’approprie. Pris comme tel, on peut comprendre l’empressement avec lequel le ministre met en œuvre son nouveau projet. Visiblement, le but est de couper l’herbe sous le pied des véritables concepteurs du projet. Il risque de manger du caillou dans sa banane de HCTE. L’adhésion entière à ce nouveau produit est déjà entachée.

Des soutiens quand même

Robert Dussey peut compter sur la diaspora fidèle au pouvoir en place. Celle qui n’a pas eu à subir des affres du régime cinquantenaire. Elle est même soupçonnée de torpiller les actions des autres togolais de l’extérieur surtout de l’Europe et des Etats-Unis. Même si elle ne le dit pas ouvertement, la diaspora togolaise du Burkina Faso va certainement adhérer au nouveau projet du ministre en charge des Togolais de l’étranger.

En effet du 26 au 27 juillet 2019 se tiendra au pays des hommes intègres, la seconde édition du forum de la Diaspora togolaise en Afrique de l’ouest. Selon Komi Aziangbédé, Secrétaire général du Haut Conseil des Togolais au Burkina Faso (HCT-BF), la rencontre vise à «jeter les bases d’une véritable synergie d’actions de la Diaspora togolaise ouest-africaine en vue de l’amélioration et du renforcement du niveau de contribution de celle–ci au développement du Togo, en communion avec l’esprit et la vision du Plan National de Développement (PND 2018-2022) ».

Inclure le PND dans une telle initiative n’est pas anodine quand on sait que le gouvernement togolais ne jure que  par ce plan. Il est au cœur de toutes les activités que le régime mène au pays et à l’extérieur. Aussi est-il annoncé qu’un membre du gouvernement est attendu au Burkina Faso lors de ce forum qui se tient au pays des hommes intègres et qui bénéficie du soutien de Mahamadou Bonkongou, Consul honoraire du Togo au Burkina Faso. « Il faut faire en sorte que les actions de la diaspora togolaise en Afrique de l’Ouest soient en phase avec la vision et les actions du gouvernement togolais », rappelle Komi Aziangbédé.

EKLOU de BADJ

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