Tigré : l’Union africaine rappelle Obasanjo pour sauver l’accord de Pretoria

Olusegun Obasandjo

Face à l’escalade militaire au Tigré et aux inquiétudes sur l’avenir de l’accord de Pretoria, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a chargé l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo d’engager les différentes parties pour favoriser une désescalade et relancer le dialogue.

L’Union africaine s’inquiète de la dégradation de la situation dans le nord de l’Éthiopie. Selon son communiqué publié le 23 septembre, les forces du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) ont pris le contrôle des aéroports de Mekelle, Axum et Shire. L’organisation fait également état de la détention de personnels fédéraux et d’une intensification des affrontements dans certaines zones du Tigré et dans la région Afar.

Plusieurs groupes armés éthiopiens ont annoncé la formation d’une alliance destinée à s’opposer au gouvernement fédéral. Parmi eux figurent le TPLF, des groupes armés amhara et l’Armée de libération oromo. Cette alliance militaire fait craindre un élargissement des affrontements au-delà du Tigré.

Face à cette situation, l’UA appelle toutes les parties à faire preuve de retenue et à mettre immédiatement fin aux actions susceptibles d’aggraver les tensions. L’organisation demande aux pays voisins de l’Éthiopie de ne prendre aucune initiative susceptible d’alimenter l’escalade et de soutenir au contraire les efforts de dialogue et de confiance.

Obasanjo chargé de renouer le dialogue

C’est dans ce contexte que l’ancien président nigérian Olusegun Obasandjo revient au premier plan de la médiation africaine. Déjà mandaté au printemps par Mahmoud Ali Youssouf pour soutenir les efforts de paix de l’UA dans la Corne de l’Afrique, Olusegun Obasanjo reçoit cette fois la mission urgente de reprendre contact avec les protagonistes éthiopiens et de tenter de les ramener vers le cadre de Pretoria.

Obasanjo connaît déjà le dossier. Il avait joué un rôle dans les efforts de médiation ayant conduit à l’accord de Pretoria du 2 novembre 2022, signé entre le gouvernement éthiopien et le TPLF sous l’égide de l’Union africaine.

L’accord de Pretoria reste, pour l’Union africaine, le principal cadre devant permettre de régler les différends entre Addis-Abeba et le TPLF. L’organisation estime que la prise de contrôle des infrastructures aéroportuaires civiles est incompatible avec les engagements pris dans cet accord et risque d’effacer les avancées obtenues depuis la fin de la guerre.

Abuja soutient l’initiative de l’Union africaine

Le Nigeria a également réagi à la reprise des hostilités. Dans un communiqué publié ce jeudi 24 septembre, Abuja s’est dit préoccupé par la situation et a appelé à la cessation immédiate des combats ainsi qu’à la retenue de toutes les parties.

Le gouvernement nigérian a réaffirmé son soutien à l’accord de Pretoria qu’il a présenté comme un cadre essentiel pour la réconciliation, la paix et la stabilité en Éthiopie. Abuja a également salué l’intervention de Mahmoud Ali Youssouf et la mission confiée à Olusegun Obasanjo pour renouer le dialogue.

L’ONU soutient elle aussi cette démarche. Le secrétaire général António Guterres a appelé les parties à faire preuve de retenue, à protéger les civils et à garantir l’accès humanitaire. Il a également apporté son soutien aux efforts de l’Union africaine, notamment à l’engagement d’Obasanjo pour ramener les protagonistes à la table des négociations.

Pretoria, un accord qui n’a jamais été totalement appliqué

Signé le 2 novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine en Afrique du Sud, l’Accord de cessation des hostilités a scellé un compromis historique entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ce texte engageait les deux parties à un cessez-le-feu immédiat, au désarmement des forces tigréennes, ainsi qu’au rétablissement des services publics et de l’aide humanitaire dans une région totalement ravagée par deux ans de conflit.

Bien que cet accord ait réussi à stopper les combats à grande échelle et à ouvrir la voie à une aide humanitaire d’urgence, la situation sur le terrain demeure complexe. Le processus de paix fait face à d’importants défis de mise en œuvre, notamment en ce qui concerne le désarmement des forces régionales et le retour des déplacés. Aujourd’hui encore, cet équilibre reste fragile et se trouve menacé par de vives tensions politiques et sécuritaires persistantes dans la corne de l’Afrique.

Casimir Vodjo Kpenou, afrik.com


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A propos Colombo KPAKPABIA 1080 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 31 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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