Près d’une semaine après les heurts qui ont marqué la manifestation de la C64 à Kinshasa et dans plusieurs villes congolaises, le gouvernement annonce l’ouverture d’une enquête judiciaire. Blessures, destructions, interpellations et allégations de décès seront examinées afin d’établir les faits et d’identifier, le cas échéant, les responsabilités pénales.
En RDC, l’opposition était dans les rues le 15 septembre finalement devenu une journée chaotique marquée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Six jours après les incidents, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire couvrant les violences signalées dans la capitale mais aussi dans d’autres villes du pays.
L’instruction a été confiée au Procureur général près la Cour de cassation. Le ministère demande que soient établies la matérialité des faits, leurs circonstances et les éventuelles responsabilités. Les actes de violence, les blessures, les destructions, les interpellations ainsi que les allégations de décès figurent explicitement dans le champ de la procédure.
Des versions qui s’opposent
Cette enquête est annoncée dans un climat où les récits divergent fortement. La C64 avait appelé à manifester contre tout projet de changement de la Constitution, le jour de la rentrée parlementaire. La mobilisation ne s’est cependant pas déroulée comme prévu. Que ce soit à Kinshasa ou dans les autres villes où l’opposition a voulu manifester, les rassemblements ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes, avec plusieurs interpellations signalées. À certains endroits, les motifs sécuritaires et sanitaires ont été invoqués pour justifier l’interdiction des manifestations.
À Kinshasa, l’opposition a accusé les forces de sécurité et des militants proches du pouvoir d’avoir participé à des violences contre les manifestants. Martin Fayulu a notamment dénoncé ce qu’il a qualifié de « guet-apens ». Ces accusations restent contestées et devront précisément être confrontées aux éléments recueillis par les enquêteurs.
Le décès de Manassé Lomboto au cœur des interrogations
L’un des points les plus sensibles concerne la mort de Manassé Lomboto Bomengola, membre de la C64, décédé après avoir été blessé lors des violences. Des responsables de l’opposition ont affirmé qu’il avait été agressé par des hommes munis d’armes blanches et ont demandé une enquête indépendante.
Les circonstances exactes de sa mort devront désormais être établies par la procédure judiciaire. Le bilan humain global reste lui aussi disputé entre les différentes parties. L’Hôtel de Ville n’a pas fait état de décès dans son bilan, tandis que l’opposition affirme qu’au moins une personne a perdu la vie.
Une enquête attendue sur le terrain
Selon le ministère de la Justice, l’ouverture de cette procédure ne préjuge pas de la culpabilité des personnes qui pourraient être entendues ou interpellées. Le communiqué rappelle la présomption d’innocence et les droits de la défense.
Il s’agira de parvenir à dépasser les déclarations politiques et reconstituer précisément la chronologie des événements : qui a provoqué les premiers affrontements, quelles forces étaient présentes, quelles armes ont été utilisées, quelles personnes ont été blessées ou interpellées et dans quelles circonstances le décès signalé est survenu. La justice devra désormais apporter des réponses sur un terrain où les versions politiques se sont déjà affrontées.
Serge Ouitona, afrik.com
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