Avec l’or artisanal, les raffineries africaines ont un avantage à construire pour la LBMA

Des raffineries voient le jour en Afrique pour mieux retenir localement la valeur générée par l’or. Mais l’accès de ces unités aux marchés internationaux dépendra aussi de leur capacité à documenter l’origine de leurs approvisionnements, dans une filière aurifère artisanale largement informelle.

Pour les raffineurs agréés de la London Bullion Market Association (LBMA), l’Afrique présente un paradoxe. Première région productrice d’or artisanal au monde, elle n’apparaît qu’à hauteur d’une tonne dans leurs déclarations d’origine pour 2024, indique un rapport publié mardi 29 septembre par l’organisation de référence pour la traçabilité du métal jaune. À l’heure où les raffineries d’or se multiplient sur le continent et visent, pour certaines, l’agrément LBMA, ce paradoxe représente une opportunité commerciale importante.

Auteur du rapport, Metals Focus a estimé la production mondiale d’or artisanal et à petite échelle à 850 tonnes en 2024, soit environ 25 % de la production totale d’or. Les raffineries agréées par la LBMA n’ont pourtant déclaré que 55 tonnes d’or ASM, dont près de 80 % provenaient des Amériques. Cet écart ne signifie pas que l’or artisanal africain est totalement absent de ces unités. Selon Metals Focus, une grande partie de la production est probablement traitée hors du réseau LBMA. Mais certains volumes peuvent aussi être déclarés sous une autre catégorie par les raffineries agréées après regroupement ou traitement intermédiaire.

Des circuits indirects davantage encadrés

C’est sur cette distinction entre origine minière et forme du métal reçu par les raffineries que les prochaines exigences pourraient peser. La LBMA prépare une version 10 de son guide d’approvisionnement responsable, dont la publication définitive est prévue en décembre 2026, pour une mise en œuvre en 2027. Le texte reste, à ce stade, soumis à consultation.

Le projet précise que l’or minier livré par une usine de traitement artisanal, un négociant ou un raffineur intermédiaire reste considéré comme de l’or minier pour les vérifications et les déclarations. Son passage par ces acteurs ne suffit donc pas à le transformer en or secondaire, catégorie destinée notamment au métal récupéré dans des produits et déchets.

Les contrôles remonteraient davantage les circuits d’approvisionnement, afin d’identifier les pays dont les intermédiaires tirent leur matière première. Les mélanges d’or minier et recyclé constitueraient un signal d’alerte, avec des vérifications correspondant à chaque source présente. Dans une étude publiée en 2024, SWISSAID estimait entre 321 et 474 tonnes la production annuelle d’or artisanal non déclarée sur le continent. L’ONG a également documenté des circuits reliant l’Afrique à des raffineries suisses via Dubaï. Elle souligne qu’après transformation aux Émirats arabes unis, le métal peut être importé en Suisse avec une origine déclarée émiratie, alors qu’il a été extrait ailleurs.

Les nouvelles exigences pourraient ainsi rendre plus difficile l’entrée d’or artisanal africain dans le réseau agréé sous une catégorie qui masque son origine minière. Elles ne fermeraient pas les circuits indirects, mais renforceraient les justificatifs nécessaires pour les utiliser. Dans ce contexte, disposer d’un approvisionnement artisanal traçable pourrait devenir un argument commercial pour les nouvelles raffineries africaines.

Alimenter les usines et tracer l’or

L’avantage potentiel évoqué répondrait aussi à l’un des défis immédiats des nouvelles raffineries : trouver suffisamment de métal pour alimenter les capacités installées. Au Burkina Faso, RAFFINOR-BF, inaugurée cette semaine, affiche une capacité initiale de 164 tonnes par an, soit plus que les 94 tonnes de production nationale annoncées pour 2025, un total qui comprend déjà l’exploitation artisanale. Les projets ivoirien et guinéen prévoient eux aussi des capacités supérieures à leur production nationale respective. En Guinée, les autorités présentent d’ailleurs l’infrastructure comme destinée à traiter de l’or provenant de l’ensemble de la région.

Dans ce contexte, organiser la collecte artisanale pourrait aider ces unités à sécuriser une partie de leur approvisionnement, notamment en attirant des volumes qui échappent encore aux circuits officiels et sont traités à l’étranger. Cela ne garantit toutefois pas de combler l’écart entre production et capacité. Il faudra à la fois réunir des livraisons régulières et pouvoir en vérifier l’origine. La Côte d’Ivoire et le Ghana travaillent déjà à rapprocher ces deux objectifs.

En Côte d’Ivoire, la Société ivoirienne des métaux précieux (SIMEP) prépare une unité d’affinage de 100 tonnes, attendue au premier semestre 2027. Son comptoir national devra regrouper l’or des petites exploitations, certifier son origine, sécuriser son acheminement et faciliter le financement des producteurs. Au Ghana, le Ghana Gold Board (GoldBod), organisme public chargé d’encadrer le commerce de l’or, a conclu un accord avec Gold Coast Refinery pour raffiner localement de l’or artisanal. Le sud-africain Rand Refinery, agréé par la LBMA, apporte un soutien technique, opérationnel et commercial à la raffinerie ghanéenne en vue d’une éventuelle candidature à la Good Delivery List.

GoldBod prépare parallèlement un système numérique destiné à suivre l’or depuis son site d’extraction jusqu’à sa réception par l’organisme. Ces dispositifs pourraient permettre aux raffineries africaines de proposer des volumes artisanaux accompagnés de preuves d’origine, au moment où leurs concurrents devront davantage documenter leurs achats indirects. Il faudra ensuite satisfaire aux autres exigences de la LBMA, notamment financières et techniques.

Emiliano Tossou, agence Ecofin


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A propos Colombo KPAKPABIA 1095 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 31 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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