Entre la lutte contre la désinformation et de potentielles violations de la liberté de la presse, les autorités sénégalaises tracent une nouvelle voie. L’Assemblée nationale a adopté la création d’un Conseil national de régulation des médias, aux prérogatives controversées.
Fallait-il réguler davantage les médias sénégalais, au risque de promouvoir des mesures de musellement ? Pour les actuels responsables du ministère de la Communication, la longue tradition de liberté de la presse mettra toute évolution à l’abri d’une quelconque dérive. Mais les professionnels de la presse sénégalaise, notamment privée, n’oublient pas que la relation entre le Premier ministre, Ousmane Sonko, et les journalistes n’est pas un long fleuve tranquille. C’est dans ce contexte de méfiance que le Sénégal vient de se doter d’un nouvel organe de régulation…
L’Assemblée nationale a adopté, ce 4 mars, la création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), qui remplacera le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), et qui bénéficiera de prérogatives élargies, notamment sur les réseaux sociaux.
Convocation de la Loi fondamentale
Si le système d’amendes reste comparable à l’ancien, c’est la possibilité nouvelle de faire supprimer des contenus médiatiques qui fait grincer des dents. Les regroupements professionnels, comme le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse, dénoncent la possibilité désormais offerte aux autorités administratives de « supprimer » un média en interdisant sa diffusion. D’autant que le président du CNRM a le pouvoir de suspendre une parution sans procédure de mise en demeure préalable.
Pour les opposants à la réforme, le nouveau dispositif est une atteinte à la liberté de la presse, telle qu’elle est définie dans la Loi fondamentale du Sénégal. Le ministère de la Communication temporise en évoquant ure procédure « exceptionnelle » et « conservatoire » prise uniquement en cas d’urgence. Pas de quoi convaincre le Conseil des diffuseurs et des éditeurs de presse, qui a annoncé qu’il déposerait un recours devant le Conseil constitutionnel.
Défiance personnelle
Les autorités assurent que ce tournant aux allures répressives est dicté par le désordre naturel qui règne sur le réseau des réseaux… Pour de nombreux acteurs de la presse sénégalaise, c’est un signe supplémentaire des attaques du gouvernement d’Ousmane Sonko à l’encontre du quatrième pouvoir. Une défiance qui se mue parfois en bras de fer judiciaire, comme ceux qui ont conduit à des procédures contre Badara Gadiaga, chroniqueur vedette de la chaîne privée Télé Futurs Médias (TFM), le rédacteur en chef de Sen TV et de Zik FM, Simon Pierre Faye, ou encore contre le journaliste politique Cheikh Yérim Seck.
Jeune Afrique
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