Inondations au Sénégal : plusieurs morts et Dakar paralysée

Le gouvernement sénégalais a déclenché le Plan d’urgence régional ce lundi 5 octobre 2026 à la suite des pluies diluviennes qui ont frappé le pays la veille. Avec des cumuls atteignant 142 millimètres en 24 heures, les inondations ont causé plusieurs pertes en vies humaines, paralysé les transports à Dakar et provoqué d’importants dégâts matériels dans la banlieue.

Le chaos des transports dans la capitale

Dakar et les villes environnantes vivent des inondations inédites. Déclenchées ce dimanche 4 octobre, les pluies diluviennes ont atteint des niveaux records de l’ordre de plus l30 mm dans certaines localités du Sénégal. Circulation impossible dans la capitale sénégalaise, c’est le chaos total dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. « Il m’a été impossible d’arriver au bureau ce matin », témoigne Souleymane Diop, un comptable résidant à Keur Massar. Comme des milliers d’habitants de la banlieue dakaroise, son trajet quotidien s’est arrêté net. L’autoroute menant vers le centre-ville a été totalement coupée à la circulation au niveau de la Patte d’Oie, transformant l’axe routier en un fleuve impraticable.

Le report massif du trafic routier vers la Voie de dégagement nord (VDN) a provoqué d’immenses embouteillages, bloquant les travailleurs pendant de longues heures. Coincé dans les ralentissements, l’impact économique est immédiat pour les professionnels de la route. « Je suis resté bloqué cinq heures sur la VDN avec des clients à bord, tout le monde était à bout de nerfs et les moteurs chauffaient », explique Modou Khoulé, chauffeur de taxi clandestin (« clando »). Sur le terrain, la paralysie est générale et touche de nombreux secteurs d’activité. Sur les réseaux sociaux circulent des images de véhicules submergés et des artères urbaines inondées, notamment dans la zone de captage. Cette rupture de la mobilité urbaine a contraint de nombreuses entreprises de la capitale à tourner au ralenti.

Un lourd bilan humain dans les quartiers

Au-delà des difficultés de transport, le bilan humain s’alourdit dans les zones les plus vulnérables de la presqu’île. Aux Parcelles Assainies, une jeune femme de 25 ans et de son enfant âgé de quatre ans, surpris en plein sommeil, ont péri. Les services du ministère de l’Intérieur ont également recensé plusieurs blessés à Dakar et en région, souvent liés à des effondrements. « Nous avons entendu un immense fracas au milieu de la nuit, le mur mitoyen s’est écroulé sous le poids de l’eau accumulée », raconte encore sous le choc Ibrahima Sall, un maçon à la retraite habitant le quartier.

Dans la grande banlieue, l’angoisse est permanente chez les riverains, qui surveillent la montée critique du niveau des marigots jouxtant les habitations. Le secteur informel subit de plein fouet ces inondations. « Toutes mes pièces de tissu et mes machines à coudre sont sous l’eau, c’est l’outil de toute ma vie qui est détruit en quelques heures », déplore Mariama Sané, une couturière installée dans le quartier de Thiaroye. À Guédiawaye et Keur Massar, la saturation et le débordement des bassins de rétention ont inondé des concessions entières. Les commerçants locaux partagent le même désarroi : « Les eaux usées ont envahi ma boutique de denrées alimentaires, les sacs de riz et de sucre sont totalement irrécupérables », s’alarme d’un ton grave Khady Ndiaye, commerçante et gérante d’une boutique de quartier à Guédiawaye.

Des volumes d’eau records sur le territoire

Les statistiques communiquées par l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM) confirment le caractère exceptionnel de cet épisode pluviométrique. La capitale n’a pas été épargnée. Les agriculteurs des zones périurbaines constatent déjà les dégâts sur leurs exploitations. « Mes parcelles de maraîchage sont complètement noyées, les récoltes de légumes de cette semaine sont perdues », regrette vivement Babacar Thiam, un maraîcher installé à la lisière de Rufisque.

Le phénomène de forte mousson s’est étendu à d’autres localités de l’intérieur du pays. L’ANACIM souligne que ces données cartographiques demeurent provisoires en attendant la centralisation des rapports des stations secondaires. La communauté éducative est également impactée par l’état des infrastructures. « Trois de nos salles de classe ont le toit endommagé et la cour d’école est inaccessible, nous ne pouvons pas accueillir les élèves dans ces conditions », s’inquiète O. N., directeur d’école primaire publique en banlieue. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a publiquement exprimé sa tristesse et présenté ses condoléances officielles aux familles des victimes.

La réponse immédiate des autorités publiques

Face à l’urgence de la situation, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a réuni son cabinet, ce lundi matin, à la Primature pour coordonner les opérations de secours. Le chef du gouvernement a ordonné le déploiement immédiat du Plan d’urgence régional afin de structurer la veille et de centraliser l’aide aux populations sinistrées. Le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, a instruit le Groupement national des sapeurs-pompiers et l’administration territoriale d’intensifier les opérations de pompage.

« Notre priorité est de dégager les axes routiers principaux et de sécuriser l’approvisionnement en eau et en électricité », a déclaré le Premier ministre à l’issue de la cellule de crise. Les services du ministère des Finances ont reçu la directive de débloquer des lignes de crédits d’urgence pour financer les interventions lourdes sur le terrain. Parallèlement, le ministère de la Famille et des Solidarités a entamé des distributions de rations alimentaires et d’eau potable dans les foyers isolés.

L’alerte maintenue face aux nouvelles prévisions

Les autorités maintiennent une vigilance maximale en raison des prévisions météorologiques à court terme. L’ANACIM annonce de nouvelles cellules orageuses accompagnées d’averses pour l’après-midi du lundi, menaçant une large bande côtière. Les sols étant déjà saturés par les apports de la veille, le risque de nouveaux ruissellements urbains reste élevé pour les prochaines 48 heures.

Un comité de suivi interministériel a été installé pour piloter les secours en temps réel et actualiser les alertes à destination des populations. Les gouverneurs et préfets rappellent les consignes de sécurité élémentaires. Ils demandent expressément aux citoyens d’éviter les voies submergées et de s’éloigner des bâtiments présentant des fissures structurelles. Le gouvernement prévoit de maintenir le niveau d’alerte actuel jusqu’à l’évacuation complète des eaux hors des zones résidentielles.

Alioune Diop, afrik.com


En savoir plus sur Le Temps

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

A propos Colombo KPAKPABIA 1108 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 31 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

Laisser un commentaire