Massacre de Thiaroye : l’État français condamné pour avoir dissimulé les circonstances du décès d’un tirailleur africain

La « faute » de l’État peut être reconnue et sa responsabilité engagée pour ne pas avoir mis en œuvre les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » de la mort violente de cet homme, selon le tribunal administratif de Paris.

Plus de 80 ans après le bain de sang de Thiaroye, au Sénégal, la justice française a condamné l’État français pour avoir dissimulé les circonstances de ce massacre par l’armée coloniale de tirailleurs africains, qui réclamaient leur solde après avoir combattu pour la France.

Commise le 1er décembre 1944 dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, cette tuerie est frappée par la prescription, relève vendredi 27 mars 2026 le tribunal administratif de Paris, saisi par un ressortissant sénégalais, fils d’un de ces combattants. Il n’a donc pu reconnaître la faute de l’État pour le décès de cet homme.

En revanche, explique le tribunal dans un communiqué, la « faute » de l’État peut être reconnue et sa responsabilité engagée pour ne pas avoir mis en œuvre les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » de la mort violente de cet homme. Au titre du préjudice moral sont accordés 10 000 euros au fils de ce combattant, que le tribunal ne nomme pas.

Le président de la République française, Emmanuel Macron, a admis ce « massacre » en novembre 2024. Son traumatisme reste vif, notamment au Sénégal et dans les pays d’origine de ces soldats, dans l’ouest de l’Afrique.

Des fouilles pour « faire parler le sous-sol »

Le 4 novembre 1944, quelque 1 300 de ces combattants coloniaux, ex-prisonniers de guerre des Allemands, embarquent depuis Morlaix, dans le nord de la Bretagne (ouest), pour être rapatriés, après avoir combattu pour l’armée française lors de la Seconde Guerre mondiale. Après leur arrivée au camp de Thiaroye, ils se révoltent contre le retard du paiement de leurs arriérés de soldes. Au matin du 1er décembre 1944, l’armée coloniale française et les gendarmes ouvrent le feu sur ces tirailleurs. Les circonstances de la tuerie, le nombre de tués et leur lieu d’inhumation restent à élucider.

« Le combat pour Thiaroye est un combat pour l’âme du Sénégal et de l’Afrique, pour que plus jamais un peuple ne soit nié dans son histoire, sa dignité et même son droit à exister librement », avait déclaré le 1er décembre le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, lors d’une cérémonie d’hommage au cimetière de Thiaroye.

Des archéologues y mènent des fouilles depuis plusieurs mois pour y « faire parler le sous-sol », exhumer des dépouilles des victimes et apporter des réponses sur ce massacre, avait expliqué à l’automne 2025 à l’AFP, le directeur des archives et du patrimoine historique de l’armée sénégalaise, le colonel Saliou Ngom.

Un Livre blanc remis en octobre par des chercheurs à Bassirou Diomaye Faye qualifie ce massacre d’« opération préméditée », « minutieusement programmée et exécutée […] dans des conditions coordonnées », avant d’être « camouflé ».

Entre « 300 et 400 » morts

Les autorités françaises de l’époque avaient donné un bilan allant jusqu’à 70 tirailleurs tués. Les « estimations les plus crédibles avancent les chiffres de 300 à 400 » morts, dont certains sont inhumés dans le cimetière, selon le Livre blanc. Les historiens sénégalais réclament notamment la liste des 1 300 soldats embarqués à Morlaix.

Le tribunal administratif de Paris relève que « dans les années qui ont suivi le décès » du soldat concerné, la France avait menti à sa famille, « en indiquant qu’il avait été déserteur, que sa solde lui avait été intégralement versée et que les tirs des soldats français étaient une réaction proportionnée ».

Si elles ont ensuite reconnu que ces éléments « ne correspondaient pas à la vérité historique » et ont admis en 2019 qu’il n’était pas déserteur puis en 2024 qu’il était « mort pour la France », les autorités n’ont toutefois « pas mis en œuvre tous les moyens […] à leur disposition pour faire la lumière sur les circonstances précises de sa mort ainsi que sur son lieu de sépulture ».

(Avec AFP)


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A propos Colombo KPAKPABIA 1649 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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