Lundi, le tribunal judiciaire de Paris a jugé Lydia Hadjara pour « diffamation ». Ancienne « favorite » de Raël, elle assure avoir été son esclave sexuelle pendant des années. Mais le procès a mis en lumière les dérives du mouvement sectaire. Et la procureure a demandé la condamnation du gourou pour « procédure abusive ».
Après trois heures d’audience, c’est finalement Aline Lebret, l’avocate de la défense, qui a le mieux résumé l’affaire : « je vous demande simplement de regarder les titres des chapitres dans les conclusions de la partie adverse… » Et de détailler : « chapitre 1: Claude Vorilhon a été enlevé par les extraterrestres en 1973. Chapitre 2: Lydia Hadjara est une mythomane… »
Ce lundi 23 mars, c’est la seconde, Lydia Hadjara qui est sur le banc des prévenus de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Elle est citée directement en justice par le premier, Claude Vorilhon, pour des faits de « diffamation ».
Plus connu sous le sobriquet de Raël, cet homme de 79 ans n’a pas apprécié l’ouvrage de Lydia Hadjara, J’étais son esclave publié en janvier 2025 chez City Éditions, dans lequel elle dénonce les viols sordides que le gourou lui aurait imposés lorsqu’elle était l’une de ses « favorites » auréolée du statut loufoque de « plume rose, cordon doré » dans son mouvement sectaire. Il réclame donc la suspension de la vente de l’ouvrage et 40.000 euros de dommages-intérêts pour avoir porté atteinte à son image.
D’image, il a beaucoup été question au cours de cette audience. D’un côté, une femme d’une quarantaine d’années, tétanisée à l’idée de comparaître, pleurant avant d’entrer dans la salle d’audience. De l’autre, cet homme qui prétend que les extraterrestres sont à l’origine du monde, vont revenir nous voir un jour et qu’il faut se préparer à les accueillir, comme il se doit.
« Il a l’air d’un doux dingue, mais il ne faut pas s’y tromper »
Aujourd’hui exilé sur l’île d’Okinawa au Japon, il n’a pas fait le déplacement. Sa dernière apparition publique remonte à 2024 dans un documentaire Netflix où on le voit, bonhomme, dans une tenue blanche assortie à son épaisse barbe, marcher sur une plage avec un gros pendentif autour du cou. « Oui, il a l’air d’un doux dingue, précise Aline Lebret. Mais il ne faut pas s’y tromper… »
C’est justement après avoir visionné le documentaire Netflix que Lydia Hadjara a choisi de témoigner. « J’étais en colère, raconte-t-elle. Ce documentaire ne montre que le sommet émergé de l’iceberg. Il tait les violences subies par les enfants ». Embrigadée dans le mouvement sectaire par ses propres parents à l’âge de 4 ans, elle assure avoir été, par la suite, « préparée » pour servir le prophète, une fois sa majorité atteinte.
« Je m’occupais de l’intendance. Je lui servais de l’eau. Je lui mettais ses chaussettes, poursuit-elle. Mais je devais aussi coucher avec lui dès qu’il en avait envie… », raconte-t-elle.
Dans son livre, elle dénonce notamment des viols atroces commis à l’aide d’une fourchette ou avec des chiens. Faits pour lesquels elle a d’ailleurs déposé plainte, à Lyon, en fin d’année dernière.
Deux femmes citées
À la barre, la voilà donc qui ramasse ce qu’il lui reste d’énergie pour résumer ce qui lui est arrivé avec autant de courage que de pudeur. « Mythomane », réagit aussitôt Alain Leclerc, l’avocat de Raël. Il a fait citer deux femmes pour décrédibiliser la parole de Lydia Hadjara.
La première Sylvie commence par indiquer qu’elle est plus connue sous le nom de Nayah et qu’elle a représenté la France au concours de l’Eurovision en 1999. « J’ai vécu une discrimination internationale. Le Mossad (services secrets israéliens) a été mobilisé. J’étais sous protection 24 heures sur 24… » Le président de la 17e chambre lève un sourcil et lui demande pourquoi. « Ben, parce que j’étais raélienne, évidemment ! », répond-elle.
Revenant au sujet, la témoin explique alors qu’elle a vu Lydia Hadjara lorsqu’elle avait 12 ans. Et que celle-ci, sur les bords d’une piscine, avait une attitude « aguicheuse » envers les garçons. Autrement dit, que le problème vient d’elle et pas de Raël.
Aussi rare dans les débats qu’efficace, la procureure pose la seule question qui vaille : « et vous ne vous êtes pas dit que c’était peut-être un signal d’alerte ? Qu’il lui était arrivé quelque chose ? » Sourde de l’oreille gauche aujourd’hui, la témoin se contorsionne à la barre pour répondre : « si, si. Je suis allée voir sa mère pour lui dire que sa fille devait arrêter… »
C’est le moment choisi pour entendre la seconde témoin. Clémence, une quarantaine d’années, qui se présente comme « enseignante » mais aussi « sexologue, sexothérapeute » et spécialisée en psychologie. « Même si je ne suis pas diplômée… » L’avocat de Raël lui demande si les sévices décrits par Lydia Hadjara dans son livre sont tout simplement possibles. Devenue experte à la vitesse de la lumière, la témoin réfute : « non, ça n’est pas possible… »
Elle le sait d’autant mieux qu’elle a, elle-même, eu des rapports sexuels avec Raël, à 25 ans, et que c’était un « homme très doux et tendre ». Et d’assurer qu’il n’y a jamais eu d’abus sexuels dans le mouvement. La procureure se lève une seconde fois pour lui demander si elle n’a pas été, elle-même, reconnue victime de faits de « corruption de mineurs » commis par un raélien. « Oui, mais ce n’est pas la même chose. Il ne faut pas généraliser… », s’embourbe-t-elle à la barre.
Son sourire s’efface lorsqu’elle doit confirmer que l’auteur des faits occupe toujours aujourd’hui un poste « d’Évêque – guide » dans le mouvement raélien aujourd’hui.
Décision le 4 juin
C’est donc le principe de « l’effet Streisand » qui s’opère dans la salle d’audience. En voulant étouffer des accusations gênantes le visant, le gourou du mouvement raélien n’a fait que les mettre un peu plus en lumière. Aline Lebret n’a pas besoin de plaider longtemps pour faire valoir « la bonne foi » de Lydia Hadjara et demander sa relaxe.
« Il faut bien comprendre qu’on parle ici d’un gourou qui revendique encore 100.000 adeptes dans 120 pays à travers le monde », précise-t-elle. C’est justement pour éviter qu’il ne fasse d’autres victimes que sa cliente a déposé plainte contre lui pour « viols » devant le tribunal judiciaire de Paris.
La procureure le sait bien. En quelques minutes de simples « observations », elle demande, elle aussi, la relaxe de Lydia Hadjara dont « la bonne foi est établie ». Et surtout la condamnation de Raël pour « procédure abusive ». La décision sera connue le 4 juin.
Vincent Vantighem, bfmtv.com
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