Élections au Bénin : quels enjeux pour la démocratie ?

Deux élections majeures, organisées dans un contexte particulier avec l’adoption de changements constitutionnels en novembre 2025, la tentative de putsch déjouée le 7 décembre dernier, et l’élection présidentielle dans quelques mois seulement. Sur le plan organisationnel, ces élections représentent un défi inédit. Jamais autant de scrutins n’avaient été préparés simultanément dans un temps aussi resserré.

Un rendez-vous électoral important

Pour les acteurs impliqués, la mobilisation est totale. C’est le constat de l’analyste politique Angèle Toboula : « Tous les organes en charge de ces élections-là mettent les bouchées doubles pour pouvoir être à la hauteur de ce défi-là, qui reste une première dans l’histoire béninoise des élections en général. C’est vrai que nous avons déjà eu une première élection couplée en 2015, mais cette année ce sont trois différentes élections » explique-t-elle.

Et selon l’experte « comme on le dit en Afrique, les petits plats sont mis dans les grands. »

Au-delà de l’organisation, ces élections sont aussi scrutées pour leur dimension politique. Cinq partis sont en lice : le Bloc Républicain, l’Union Progressiste le Renouveau et Moelle-Bénin côté majorité puis les Forces Cauris pour un Bénin Emergent et les Démocrates pour le compte de l’opposition. Un climat qui traduit une certaine inclusivité du processus aux yeux du politologue et analyste géopolitique Amzath Abdoulaye. Selon lui « parce que les démocrates sont un parti de l’opposition. Les FCBE se réclament aussi comme étant un parti de l’opposition. Donc, équilibré dans la mesure où, oui, la Commission électorale nationale autonome a joué un rôle formidable permettant à ces partis de pouvoir participer à ces élections. Et ce n’est que la fin, ici, qui justifiera les moyens. »

Un pays à la croisée des chemins

Mais au-delà de l’enjeu immédiat, le scrutin du 11 janvier s’inscrit dans une perspective plus large. Pour l’analyste Angèle Toboula, les résultats pèseront sur la future architecture institutionnelle, à l’approche d’une cruciale élection présidentielle et de la mise en place de nouvelles institutions.

« Nous sommes à la croisée des chemins » estime Angèle Toboula selon qui à « partir de mai 2026, nous aurons un nouveau président de la République qui va entamer un septennat, compte tenu de la nouvelle architecture constitutionnelle. Il devra constituer une nouvelle majorité. On ne sait pas encore ce que le 11 janvier va donner comme Assemblée nationale. Nous aurons le Sénat et tout. »

Dans ce climat politique sensible, la tentative de déstabilisation du 7 décembre reste un élément de contexte. Un épisode qui aurait pu fragiliser le processus démocratique, mais qui, selon les analystes, n’a pas remis en cause la continuité de l’État. Ils expliquent ainsi qu’une tentative de déstabilisation de l’ordre constitutionnel, « ça fragilise les institutions, ça fragilise le climat politique. Mais ce n’est pas actuellement le cas ».

Depuis le 7 décembre, « le pouvoir judiciaire a fait son travail. Pendant que les hommes politiques sont en pleine campagne, le chef de l’État continue de faire son travail également, en attendant les prochaines élections ».

Entre enjeux de gouvernance locale, recomposition parlementaire et projection vers la présidentielle, le double scrutin du 11 janvier s’annonce déterminant. Il apparait comme un test grandeur nature pour la démocratie béninoise.

Article de Rodrigue Guézodjè, DW


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A propos Colombo KPAKPABIA 1466 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 32 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: [email protected]

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