Si Patrice Émery Lumumba est légendaire, son sosie de stade est déjà culte, depuis la diffusion des matchs de la RDC à la Coupe d’Afrique des nations. L’ «Homme-statue», Michel Kuka Mboladinga est devenu la coqueluche des téléspectateurs.
Une Coupe d’Afrique des Nations (CAN) réussie, ce sont des matchs de qualité presque autant que des à-côtés mémorables. Le buzz de cette CAN a été capté du côté des gradins par des caméras de télévision aux audiences particulièrement élevées. Et c’est un cliché inscrit dans la persistance rétinienne continentale qui a semblé passer du noir et blanc à une gamme de couleurs criardes. Aucune intelligence artificielle, mais une performance époustouflante.
Raie sur le côté et lunettes sixties
Les couleurs jaune, rouge et bleue sont celles du drapeau de la RDC et l’image familière brutalement ressuscitée est celle de Patrice Lumumba, figure majeure de l’indépendance du Congo assassinée en janvier 1961. Même silhouette élancée, même coupe de cheveux avec raie sur le côté, mêmes lunettes de style sixties et même bras droit révolutionnaire levé. Immobile, l’interprète du premier ministre du Congo indépendant reproduit la posture d’une statue située à l’échangeur de Limete à Kinshasa. Il est né en 1976, s’appelle Michel Kuka Mbodilanga et est membre de l’association des animateurs et supporters officiels de l’équipe nationale congolaise.
S’il est impressionnant que le sosie des stades parvienne à se figer pendant au moins 90 minutes, sa patience est encore plus significative si l’on considère son parcours. C’est en 2013 que Mbodilanga a commencé à se produire dans les stades congolais, lors des matchs des Léopards, revendiquant une pratique à la fois patriotique et artistique, voire un hommage aux valeurs de dignité et de souveraineté nationale. Cette performance statique est aujourd’hui rémunérée par la sélection nationale.
Il aura fallu l’élimination de l’équipe congolaise, ce 6 janvier, pour que les téléspectateurs du continent voient enfin bouger l’homme-statue, au moment où il s’effondrait, le visage entre les mains. C’était au stade Moulay Al-Hassan de Rabat, à l’issue d’une confrontation de huitième de finale entre l’équipe congolaise et l’Algérie.
Figure historique et culte contemporain
Si les Léopards ont repris le chemin des vestiaires, les médias internationaux n’oublieront pas de sitôt la réincarnation du héros panafricain. Son immobilité qui tranche avec la surexcitation habituelle des tribunes est devenue virale sur les réseaux sociaux qui surnomment Michel Kuka Mbodilanga « le petit-fils de Lumumba ».
Le culte de Patrice Émery Lumumba reste vivace, à l’échelle continentale, comme en témoigne l’intérêt porté, récemment, aux rebondissements en matière de regret belge ou à la gestion d’une relique du héraut de l’indépendance.
Damien Glez, Jeune Afrique
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