À 39 ans, l’Américaine Brittany Force a propulsé son dragster Top Fuel à plus de 552 km/h sur 305 mètres aux États-Unis. Derrière ce run insensé, une réalité physique et mécanique qui dépasse l’imagination.
Imagine une voiture tellement puissante qu’elle vide son réservoir comme un avion de ligne au décollage, parcourt à peine quelques centaines de mètres… et doit ensuite être démontée de fond en comble. C’est le quotidien des dragsters américains, presque inconnus en France, mais rois des pistes en Amérique du Nord. Et au milieu de ces monstres de plus de 12 000 chevaux, c’est une femme qui tient aujourd’hui le record de vitesse, selon L’Automobile Magazine.
Elle s’appelle Brittany Force, elle mesure 1,57 m, pèse 50 kg, et a réussi à propulser son dragster à une vitesse complètement folle de plus de 550 km/h. Un chiffre qui donne le tournis, arraché sur à peine 305 mètres. Et là, on commence seulement à comprendre à quel point ce run record ne ressemble en rien à une simple accélération en ligne droite…
Brittany Force, la pilote qui a emmené son dragster à 552 km/h
Pour situer le décor, direction les États-Unis et le Canada. Là-bas, les courses des dragsters sont une institution depuis plus de 70 ans. La National Hot Rod Association (NHRA) y organise des duels d’accélération qui rassemblent des foules immenses. Sur une simple ligne droite de quelques centaines de mètres, deux machines surpuissantes s’affrontent, dans la catégorie reine dite « top fuel ». Le principe est radical : « aller le plus vite possible en un minimum de temps », avant d’ouvrir un parachute pour freiner ces fusées roulantes qui dépassent allègrement les 500 km/h.
C’est dans ce contexte que l’Américaine Brittany Force, au volant de son dragster Monster Energy, a fait tomber le record de vitesse Top Fuel. Son moteur de 12 000 chevaux, alimenté par un mélange de nitrométhane et de méthanol, lui a permis d’atteindre la vitesse de 552 km/h (343,16 mph) en seulement 3,645 secondes. Ce record national de vitesse a été décroché à Seattle, sur une distance de 305 mètres, dans une catégorie où le précédent meilleur chrono appartenait déjà… à Brittany Force elle-même. En 1984, un prototype à moteur-fusée avait bien flirté avec les 621 km/h en Angleterre, mais cette performance n’a pas été homologuée par les fédérations NHRA et FIA, ce qui laisse à la pilote américaine la place d’héroïne officielle de la discipline.
12 000 chevaux, 6G et un pilotage à la précision chirurgicale
Vue de loin, une course de dragster peut sembler presque « simple » : partir droit devant et accélérer à fond. Et pourtant. Sur la piste, la réalité est tout autre. Pour briller en Top Fuel, le temps de réaction à l’extinction des feux doit frôler le zéro. Au moment où l’arbre de départ passe au vert, Brittany Force doit écraser l’accélérateur au millième de seconde près. Puis, pendant les quelques secondes que dure la course, « le contrôle de l’engin durant les quelques secondes de la course doit se faire avec une précision chirurgicale », sous peine de finir dans le mur. Car au-delà de 500 km/h, le moindre coup de volant un peu trop appuyé peut se payer cash.
Il faut ajouter à cela des pertes d’adhérence, des vibrations d’une violence extrême et une accélération qui écrase littéralement le corps du pilote : les dragstéristes encaissent « jusqu’à 6G, soit l’équivalent de certains avions de chasse, petites natures s’abstenir ! ». Autant dire qu’il ne suffit pas d’avoir le pied lourd. Il faut aussi un mental solide, une condition physique de haut niveau et une capacité à garder la voiture parfaitement dans l’axe alors que tout essaye de la chasser vers les rails. Un détail qui change tout quand on sait que ces runs se jouent au millième de seconde.
Derrière la performance de Brittany Force, il y a aussi une énorme machine technique. « Bien entendu, l’optimisation des réglages de chaque dragster en amont est essentielle et nécessite donc une équipe d’ingénieurs et préparateurs hyper qualifiés ». Chaque paramètre compte : richesse du mélange nitrométhane/méthanol, embrayage, gestion de l’adhérence, conditions de piste… Au point que ces moteurs ont une durée de vie ridicule. Après chaque course, le bloc de plusieurs milliers de chevaux est intégralement démonté, pièce par pièce, pour être reconstruit avant la manche suivante. Un moteur par run, ou presque, et des coûts qui rappellent que l’argent reste l’un des nerfs de cette guerre mécanique.
D’ailleurs, Brittany Force n’est pas arrivée là par hasard. À 39 ans, cette Américaine est une véritable enfant de la balle : son père, John Force, est une ancienne légende du dragster, et ses deux sœurs ont elles aussi roulé dans la discipline. Une famille entière façonnée par ces départs canon et ces accélérations irréelles. Et au milieu de tout cela, cette petite silhouette de 1,57 m qui parvient à tenir la bride à un dragster de 12 000 chevaux lancé à 552 km/h, le temps de quelques secondes à peine. Pour le spectateur, cela passe en un éclair. Pour la pilote, chaque centimètre compte.
Etienne Villaret, Auto Plus
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