Coopération culturelle: Le budget de l’IFT sera fortement diminué

Marc Fonbaustier, Ambassadeur de France au Togo

Le budget de la coopération culturelle de l’Institut français du Togo (IFT) déjà réduite de moitié, va encore subir des fortes réductions drastiques.

L’Institut français, dont le budget (40 millions d’euros) a fondu de plus d’un cinquième en cinq ans, redéfinit ses objectifs pour les trois années à venir, selon notre confrère Jeune Afrique.

Une nouvelle orientation régit désormais la nouvelle politique culturelle de la France en Afrique. Les pays d’Afrique Caraïbe et Pacifique sont ainsi classés d’après des zones dites d’intervention prioritaire ou non.

Le Togo est dans la zone non prioritaire car d’après les responsables français le pays manque de dynamisme culturel voire est improductif. Ses voisins sont mieux lotis du Bénin et du Burkina sont mieux lotis.

Selon ce nouveau recentrage de la politique française, qui ne tient pas compte du caractère francophone des pays et obéit à des impératifs économiques et politiques, la zone prioritaire inclut 39 pays dont des Etats du continent africain (Afrique du Sud, Algérie, Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Égypte, Madagascar, Mali, Maroc, Nigeria, RD Congo, Sénégal, Tunisie). Ces pays toucheront la part du lion du budget alloué.

Mutualiser les moyens

Dans les autres pays dont le Togo, les antennes africaines de l’Institut devront mutualiser leurs moyens.

« Si l’on prend en compte nos coûts incompressibles, nous ne perdons pas 25 %, mais en réalité 35 % de notre budget d’intervention », explique Foucher cité par Jeune Afrique.

Déjà en 2010, le Togo était relégué dans une zone grise considérée « pays improductif ». L’année de la création de l’Institut Français, le budget de la coopération culturelle française au Togo est passé sous les fourches caudines subissant une réduction de moitié.

Conséquence de cette situation sur le Centre culturel français (CCF, ancêtre de l’antenne de l’Institut Français du Togo), une réduction importante des fonds documentaires, dont certains volumes ont été cédés à certains organismes culturels privés, le refus de soutenir les artistes et les organisations culturelles.

Après le transfert de l’Institut Français dans les locaux de l’ancienne Orstom, son siège actuel, la coopération est restée dans cette logique de coupes continues. La coopération ne se limite aujourd’hui qu’à la circulation d’un ou deux artistes togolais. L’IFT n’accueille que des expositions d’artistes plasticiens, d’artistes de la chanson et des conférences. L’Institut ne dispose pas réellement de salle théâtre. C’est cette situation qui se continue à réduire comme peau de chagrin.

Autres sources de financements

Pour bénéficier de financement, les acteurs culturels togolais se tournent désormais vers le Goethe Institut de Lomé et l’Union Européenne. Le Festival international des lucioles bleues (Filbleu), pourtant festival international de littérature francophone qui a pignon sur rue, ne bénéficie plus des financements de la France. Filbleu adresse ses demandes au Goethe Institut, l’Union Européenne, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Ambassade des Etats-Unis,  et aux privés togolais.

La situation n’est pas prête de changer. Compte tenu de certaines contingences intérieures, la France n’a plus son lustre d’antan  pour soutenir son rayonnement culturel à l’étranger. Même en France, le budget de la culture est  en baisse.

Certes, la situation pénalise les acteurs culturels mais il va falloir s’adapter.

Longtemps parent pauvre du budget de l’Etat à cause de l’absence d’une politique culturelle, la culture bénéficie désormais d’un financement de l’Etat à hauteur de 400 millions CFA.

Un financement hélas insuffisant. Les acteurs peinent d’ailleurs à en juger la pertinence et l’efficacité. Le Fonds d’aide à la culture (FAC) pose plus de problèmes que n’apportent de solutions. La demande est forte et l’offre est rachitique alors que les infrastructures sont absentes.

Mais la balle reste dans le camp des acteurs togolais eux-mêmes. Non seulement il est temps d’agir pour que l’Etat revoie sensiblement à la hausse le financement de la culture mais il importe également que la création relève quelque peu son niveau esthétique. Le landerneau culturel est trop atone voire quelque peu inexistant en terme d’offre.

 

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A propos Tony Feda 63 Articles
Journaliste indépendant. Ancien Fellow de l'Akademie Schloss Solitude (Stuttgart, Allemagne), Tony FEDA s’intéresse à la sociologie, la culture- ses domaines de prédilection sont la littérature et les arts de la scène du Togo. A travaillé pour plusieurs journaux dont Le Temps, Notre Librairie. www.culturessud.com. Depuis août 2018, s'inspirant de Robert Park et de Bourdieu, il entame sur son blog www.afrocites.wordpress.com des projets sur des thèmes concernant la ville.

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