Joseph Kabila obtient une rallonge à son mandat

Le dialogue intercongolais a accouché d’un accord signé par la majorité présidentielle, une frange de l’opposition et de la société civile ce mardi 18 octobre, sous l’égide du facilitateur de l’Union Africaine Edem Kodjo. L’accord prévoit que le président Joseph Kabila, en fin de mandat en décembre, reste au pouvoir jusqu’à l’organisation d’une élection présidentielle fin avril 2018. Un premier ministre issu de l’opposition sera chargé de conduire un gouvernement dont on ignore encore la distribution des postes. Cet accord est déjà rejeté à la fois par l’opposition majoritaire absente au dialogue, l’Union  Européenne et la France. Seule l’Union Africaine, instigatrice de ce dialogue a exprimé sa satisfaction.

La situation de Joseph Kabila

Alors qu’il arrive en fin de mandat le 19 décembre prochain et non rééligible, Joseph Kabila a obtenu un sursis, une prolongation de son mandat jusqu’à l’organisation de la présidentielle en avril 2018. Mais l’accord reste flou sur son éligibilité. Il n’est pas dit formellement qu’il n’a pas le droit de se représenter ou de changer la Constitution pour faire lever la limitation du nombre de mandats.

Le premier ministre

Le Premier ministre sera une personnalité issue de l’opposition représentée au dialogue. Pas de détail sur la distribution des postes au sein du gouvernement d’union nationale. Le gouvernement devra être formé dans les 21 jours après la signature de l’accord. La question du poste sera certainement encore une pomme de discorde entre la frande de l’opposition participationniste.

Le calendrier électoral

Aucune date retenue pour les élections présidentielle, législatives et provinciales. Mais une date fixe pour le dépôt des candidatures : le 30 octobre 2017. Les scrutins devront eux être organisés dans les six mois. Tout doit être terminé fin avril 2018. Mais la majorité présidentielle ne l’entend pas de cette oreille et laisse ) la Céni qui conserve ses prérogatives le choix du calendrier.

L’UDPS rejette l’accord

Comme entendu, l’UDPS d’Etienne Tsisekedi et les partis d’opposition partenaires rejettent l’accord. Ils exigent le départ de Joseph Kabila ce le 19 décembre à la fin de son mandat. Pour cette opposition, majoritaire dans le pays, les négociations doivent plutôt porter sur la gestion du pays après le départ de Kabila. L’opposition a lancé une journée de grève pour ce 19 octobre.

La France et l’Union Européenne pas d’accord

Même son de cloche chez la France et l’Union Européenne qui expriment leur insatisfaction. Pour le Quai d’Orsay, l’accord ne règle pas le problème, c’est à dire le départ de Joseph Kabila en fin d’un mandat non renouvelable. Le non-respect de la Constitution par le président Kabila est à l’origine de la crise actuelle qui secoue son pays.

«C’est extrêmement dangereux. Nous voulons éviter tout risque d’affrontement dans le pays et cela passe par un respect de la Constitution », a déclaré Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères français.

Quant à l’Union Européenne, elle demande le respect de la Constitution et le départ de Joseph Kabila. L’UE craint un risque de guerre civile dans un pays où l’effondrement de l’Etat est déjà manifeste. Elle demande un dialogue inclusif.

Un accord pour sauver une carrière avant la retraite internationale

A l’évidence, la non-participation de l’UDPS à ce dialogue rend l’avenir de l’accord incertain. En voulant à tout prix parvenir à un accord fût-ce au prix de l’exclusion de la majorité de l’opposition et de la société civile qui lui sont hostiles, le facilitateur de l’UA, l’ancien Premier ministre Edem Kodjo a pris un énorme risque de perdre du temps à la classe politique congolaise. L’ancien Secrétaire général de l’OUA voulait un coup de brushing pour ripoliner une carrière internationale quelque peu ternie. Tout sourire, il était satisfait lors de la signature demandant aux photographes et vidéastes de prendre des images.

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A propos Komi Dovlovi 836 Articles
Journaliste chroniqueur, Komi Dovlovi collabore au journal Le Temps depuis sa création en 1999. Il s'occupe de politique et d'actualité africaine. Son travail est axé sur la recherche et l'analyse, en conjonction avec les grands  développements au Togo et sur le continent.

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