«Tu me traites de dictateur, je te traite de jihadiste»

Gerry Taama, ex candidat à la présidentielle

Dans un post sur sa page facebook, l’ancien candidat à la présidentielle de 2015, Gerry Taama parle de Jihadisme et Cie, en réponse au Ministre Agadazi.

Morceaux choisis.

Le jihadisme s’est invité dans le débat politique togolais, surtout après la sortie du ministre de l’agriculture sur une radio locale à propos des événements de Sokodé. Le PNP serait donc un parti jihadiste. C’est quoi le jihad ?

En arabe, ce terme signifie « abnégation », « effort », « lutte » ou « résistance ». L’islam compterait quatre types de jihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Le jihad par l’épée a servi d’argument à différents groupes musulmans à travers l’histoire pour promouvoir des actions contre les « infidèles » ou d’autres groupes musulmans considérés comme opposants et révoltés, même si à l’époque du prophète, cette forme de jihad a toujours été réduite à des actes de légitime défense (protection de lieux saints de l’islam contre les envahisseurs)

Le cadre ainsi posé, le PNP est-il un parti jihadiste ? Il faut à mon avis réunir trois conditions. La présence du dogme religieux dans le discours ou le projet politique, l’existence d’une pratique politique fondée sur l’islam et la présence d’un prosélytisme religieux chez les s militants.

Primo. Le dogme

On ne retrouve dans les discours de Tikpi aucune trace de salafisme, d’imposition de la charia ou d’érection d’un califat, tous ces éléments communs qu’on retrouve dans les discours des fous d’Allah à travers le monde. Le pire est qu’on ne trouve aucune trace du religieux dans le propos de Tikpi.

Secondo. La pratique.

Même si on a régulièrement observé lors des réunions du pnp une séparation non rigoureuse entre hommes et femmes, la mixité observée au cours des manifestations est incompatible avec des pratiques jihadistes. Des fous d’Allah n’accepteront jamais s’associer avec des infidèles dans des manifestations publiques, et n’autoriseront surtout pas leur femmes à s’y frotter. De même, ils n’assisteront pas à des prières chrétiennes.

Tertio. Le prosélytisme.

On a souvent présenté l’horrible assassinat de deux militaires devant la maison du ministre comme portant la signature du jihadisme. On oublie malheureusement de préciser que cet acte barbare n’est que la résultante de l’arrestation incongrue d’un imam célèbre dans une ville en ébullition après les événements du 19 août. Et que l’effet de foule subséquent, sans être justifiable de l’horreur des meurtres, peut être difficilement imputable à un parti politique, sauf preuves tangibles à l’appui. On nous dit que les gens ont crié allaouh akbar, mais tout bon musulman crie allaouh akbar à chaque nouvelle, bonne ou mauvaise. Si vous allez à un match de Sémassi, la moitié du stade scande allaouh akbar chaque fois que leur portier enraille une occasion de but. Ils crient la même chose chaque fois que leur équipe marque un but d’ailleurs. Ça n’en fait pas des jihadistes. La particularite du pnp est qu’il est composé d’une majorité de tems (presque tous les partis, en dehors du nôtre, sont implantés dans l’ethnie de leur président fondateur) et il se trouve que les tems sont majoritairement musulmans. Mais il n’ya aucun mal à cela. L’implication d’imans prédicateurs reste aussi chose courante, si on l’oppose à l’activisme des pasteurs, évêques et autres imams autour du parti au pouvoir. Les pouvoirs temporel et spirituel sont dorénavant intimement liés. J’ai côtoyé beaucoup de militants PNP lors des manifestations. Jamais je n’ai vu ou entendu certains parmi eux essayer de nous convertir à l’islam.
Au résultat, c’est juste de la communication politique. Une sorte de réponse du berger à la bergère. Tu me traites de dictateur, je te traite de jihadiste.

Gerry

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