Ekpessosso : les Guins célèbrent diversement Epé Ekpé

La tradition Ekpessosso constituait pour les peuples guins le sédiment sur lequel ils avaient bâti leur communauté. Jusqu’au 1er septembre 2016, ces peuples venus du Ghana pour y prendre sites dans la préfecture des Lacs actuelle et ses environs, non loin des cotes togolaises, voyaient leur union se perpétuer dans la célébration annuelle de la prise d’une pierre sacrée. Une tradition séculaire ayant migré du Ghana vers le Togo. La couleur de la pierre définissait les conduites à tenir par les habitants et les orientations pour le reste de l’année. C’est une fierté et les peuples guins s’en félicitent. Pour la 354ème année consécutive, la cérémonie de la prise de la pierre sacrée a été respectée. Très tôt ce 1er septembre, les adeptes des couvents ont convergé vers Glidji Kpota, où se déroulent habituellement l’apothéose de la prise de la pierre sacrée, pour y suivre le message des divinités à travers les prêtres traditionnels entrés plus tôt en forêt sacrée. Cette année, la pierre dont la couleur tire au «blanc sale», a été interprétée symbole de la paix et le respect de la tradition pour l’ensemble de la communauté et les habitants.

Une célébration au minimum

Cette année la cérémonie avait été décrétée se dérouler dans la stricte intimité des lieux sacrés, c’est-à-dire une prise solennelle dans le respect de la tradition par des initiés et fidèles. Ceci pour éviter que les occupants de la côte Est togolaise ne renouent avec les violences observées ces dernière années et qui continuent  de dégrader progressivement le socle communautaire jusque là respecté. Officiellement l’autorité n’a été invitée à aucune étape du processus cérémonial de prise de pierre.

Ingérence usurpatrice ?

Ces cinq dernières années les ligaments communautaires ne tiennent plus, rompus par des dissidences internes. De nouveaux clans tentent de revendiquer la paternité de la cérémonie de la prise de la pierre. Les apothéoses donnent régulièrement lieu à des perturbations ainsi que le solennel de la prise de la pierre, les lieux sacrés sont violés avec l’aide de la soldatesque. Cette année encore, de la veille au jour dit, l’ambiance avait été entretenue par les gaz lacrymogènes lancés par des forces de l’ordre présents sur les lieux. La cérémonie qui avait été voulue sobre, a été violée par un comité d’organisation qui voulait de la fanfare, de la ripaille et de l’exhibition. Ce comité est présidé par une ex ministre députée, native du milieu. Elle avait pour elle les forces de l’ordre et de sécurité qui ont érigé un appatam et charpente pour la fête.

Dans l’après midi de ce jeudi, alors que la prise officielle a eu lieu très tôt le matin, une autre cérémonie s’est tenue dans un lieu sacré où une seconde pierre de même couleur aurait été prise. Blasphème, peut-on crier ! L’année dernière le clan dissident avait organisé sous supervision, la cérémonie de la prise de la pierre sacrée. Il y a eu affrontements et des blessés ont été enregistrés. La pierre était taxée de bleue. Les observateurs avaient vite fait d’assimiler cette couleur aux couleurs du parti au pouvoir, tant la main qui portait la pierre lors du cérémonial public ne cachait pas le suintement de l’encre bleue. La pierre aurait été polie pour la cause. La cérémonie avait été qualifiée « d’usurpée » et par la suite le prêtre usurpateur avait été exclu par le collège des autres prêtres. Il a voulu se venger en organisant une cérémonie parallèle et prouver à suffisance la protection dont il bénéficie dans le sérail. Il avait la force de son côté. Ce n’est pas curieux.

« Mama colè » est désigné depuis toujours clan propriétaire des rites initiatiques de Ekpessosso et Ni mantchè représente le clan dissident, usurpateur, profanateur connu ne cachant pas son affinité incestueuse bénie par le pouvoir en place dans le pays.

Place à la fête !

La prise de la pierre sacrée ce jeudi premier septembre lance la fête en pays guin, une fête en prise à des divisions et dissidences pour l’heure irréconciliables. La fête dure trois mois à Aného, Zowla, Anfoin, Glidji, Agbodrafo…. aux bons plats des nouvelles moissons dont le yèkè-yèkè. Les divinités ont recommandé cette année la viande de la pintade pour accompagner !

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A propos Colombo KPAKPABIA 1040 Articles
Colombo Kpakpabia est Directeur de publication du journal Le Temps. Il capitalise plus de 20 ans d'expérience dans la presse écrite et audiovisuelle. Colombo axe son travail sur la recherche et l'efficacité. Contact Email: colombock@gmail.com

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