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Eglise catholique du Togo: d’observation électorale, tu ne feras pas

Désaveu du processus électoral ou aveu d’impuissance, l’Eglise catholique apostolique romaine habituée à l’observation des élections sur le plan national, n’enverra pas cette fois-ci des observateurs sur le terrain lors du scrutin du 25 avril prochain.

Selon le site news.alome.com, l’institution religieuse la plus organisée et la plus influente voire la plus impliquée dans la vie politique du pays, évoque plusieurs raisons liées à l’histoire controversée des élections au Togo.

La première raison est liée à la non-opérationnalisation des 68 recommandations de la Commission Vérité Justice Réconciliation, dirigée par l’évêque d’Atakpamé, Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan.

Dans un souci d’une justice transitionnelle liée à la présidentielle chaotique d’avril 2005 (400 à plus de 1000 morts selon les organisations des droits de l’homme), le président sortant Faure Gnassingbé avait mis sur pied cette commission pour plancher sur l’histoire politique violente du Togo et trouver les voies et moyens possibles pour arrêter la spirale de la violence.

Les 68 recommandations de la CVJR n’ont  jamais  été mises en application ou partiellement,  surtout l’aspect concernant les réformes constitutionnelles et institutionnelles.

La seconde raison est liée dit-on à la non-publication du rapport d’observation de la présidentielle de mars 2010. Depuis cinq ans, le public reste toujours dans l’attente du rapport de cette activité de la Commission épiscopale Justice et Paix (CEJP), en charge de l’observation électorale. Des dissensions entre les membres de l’Eglise catholique sont à l’origine de l’escamotage de ce rapport,  certains responsables avaient exprimé leurs craintes d’une publication mettant notoirement en cause le déroulement controversé de l’élection présidentielle, d’autant plus que les sbires du  régime avait effectué une descente illégale au sein de l’Eglise pour y opérer une saisie du matériel informatique de la cellule du candidat Jean-Pierre destiné au comptage du vote. Même si les conclusions  avaient fuité dans la presse, l’Eglise reste circonspecte en ce qui concerne la situation politique nationale.

Refus des réformes constitutionnelle et institutionnelle

La non-mise en œuvre des recommandations de l’Accord politique global d’août 2006 sous-tend également le refus de participation de la part de l’Eglise au processus électoral.

Avant la mise sur pied de la CVJR à laquelle l’Eglise est partie prenante,  la classe politique au sortir du scrutin sanglant d’avril 2005 avait signé un accord politique dit Accord politique global (APG), à l’instigation de l’Union Européenne et sous le parrainage de Blaise Compaoré, ex-président du Burkina Faso. Le refus des réformes institutionnelles et constitutionnelles, partie importante de l’APG, constitue la pomme de discorde du théâtre politique. Une partie de l’opposition qui a fait de la mise en œuvre des réformes une exigence appelle les électeurs au boycott de la présidentielle prochaine.

 Echec et hypocrisie

Au-delà de ces raisons exprimées, il s’agirait plutôt d’une lassitude voire d’une impuissance de l’Eglise catholique face à l’enlisement  et la confusion de la situation politique. Le dernier communiqué de la Conférence des évêques du Togo (CET) avait conclu sur un appel désespéré aux Togolais à « prier » pour sauver le Togo. Un cri de détresse qui n’occulte guère l’hypocrisie de l’institution catholique face à la sempiternelle crise politique, au moment où au Congo-Kinshasa et au Burundi, les responsables religieux catholiques appellent les dirigeants arrivés en fin  de mandat et  tentés par la conservation du pouvoir, à prendre leur retraite.

Plusieurs prêtres avouent en privé éprouvé de la gêne quant à l’attitude de l’Eglise  orpheline d’une position tranchée et cohérente en ce qui concerne la question des réformes constitutitionnelles et le refus du parti au pouvoir de tenir ses promesses. Pour certains religieux, la mission de l’Eglise est de porter secours à ses fidèles dans la détresse pour qu’ils ne perdent le chemin de Dieu. Or la direction du politique crée une situation d’égarement et de mal-être chez les ouailles. S’appliquer à demander aux fidèles de prier, c’est faire preuve d’aveuglement et dans ce cas, la religion devient l’opium du peuple comme le disait Karl Marx.

Parfois trop impliquée dans la crise politique- les hommes politiques faisant systématiquement recours aux religieux comme médiateurs dans la crise, l’Eglise catholique voudrait peut-être aussi prendre ses distances avec un théâtre qui devient de plus en plus intolérant. L’un  des dirigeants de la CEJP, le Professeur Magloire Kwakuvi, a été taxé de vendu au régime et traité de tous les noms d’oiseaux par les partisans du refus au président sortant Faure Gnassingbé de briguer un troisième mandat.

Isolationnisme

Un sentiment d’échec sur toute la ligne qui peut se comprendre également à travers des promesses non tenues de Faure Gnassingbé. Insulté par la société civile, l’Eglise s’est peut-être compromise à travers la confiance du prélat Nicodème Barrigah-Bénissan au Président Faure Gnassingbé. Selon les responsables de l’ANC,  le CST  (Coalition de partis d’opposition et de la société civile) n’avait participé aux législatives 2013 que contre la promesse de l’ambassadeur des Etats-Unis et du Prélat d’Atakpamé Mgr Nicodème Barigah-Bénissan, d’user de leurs influences pour pousser à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Une promesse jamais réalisée compte du refus du pouvoir.

L’attitude des religieux catholiques pourrait résulter aussi d’une méfiance voire un désaveu d’un processus électoral suspect. La précampagne a été émaillée de fortes querelles sur le fichier électoral dont l’intégrité est mise en cause. Le Ghanéen John Dramani Mahama, président en exercice de la CEDEAO avait reconnu ces imperfections et recommandé un report de dix jours, le temps de laisser les experts de l’OIF apporter les correctifs idoines au fichier. Les mêmes experts ont conclu à la non-fiabilité du fichier électoral et plaideraient pour une annulation du scrutin, mais à la surprise générale, les candidats à la présidentielle ont trouvé un accord pour aller à la présidentielle  avec un « fichier non fiable mais consensuel », d’après le général Siaka Sangaré, chef de la mission de l’OIF.

Reste à savoir si ce premier refus de l’observation électorale, est le signe d’un nouveau  départ  dans l’histoire de l’Eglise catholique apostolique et romaine  du Togo, celui de son propre isolement des activités politiques. Une auto-destitution qui ne déplairait pas à certains observateurs de la scène politique. Depuis la conférence nationale souveraine présidée par l’archevêque émérite Philippe Fanoko Kpodzro, l’implication de l’Eglise dans l’histoire politique n’a pas fait que du bonheur aux populations.

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